Rebuilding the future

Syria’s political landscape has dramatically changed in the last fifteen months and so has its business environment.

A few weeks before the uprisings began in March 2011, the Syrian government had announced its five-year economic plan running from 2011 to 2015, which was supposed to serve as a guide and a broad strategic framework for economic policy in the coming years.

The plan confirmed the continued liberalization of the economy, the gradual cancellation of all forms of subsidies on energy products and a return to focusing on manufacturing and other “productive” sectors.

For many in Syria’s business community, which had already benefited from a step-by-step transformation of the economy into a market-led system since the early 2000s, the prospects looked promising. Syrian expatriates returned home to benefit from the new employment and investment opportunities. Regional investors were banking on the opening of a new frontier market, while locally-based investors saw their decades of patience bearing fruit at last.

Few could have imagined what the following months would entail. When a few children were detained in Daraa, their families went out to demonstrate to request their freedom and everything changed forever in Syria.

In the following months, the economy would contract significantly and security would deteriorate, causing many businesses to close and lay off staff, expatriates to return to their place of exile, investors and tourists to flee.

The question now is on how, when and with what means Syria is to be rebuilt. For many, it’s probably already too late. The shaky reconstruction of neighboring countries — such as Iraq or Lebanon — has convinced them that it will take far too long for Syria to return to normalcy or for potential investments to start generating returns to justify the risk of staying. They have left the country — or are planning to do so during the summer — and will probably not return anytime soon, leaving that possibility to their children. Investors in this category generally have most of their capital safe in bank accounts abroad and have limited fixed investment in Syria proper, while executives in top management positions will easily find opportunities in the Gulf and possibly further afield, in the United States or Canada.

For others, leaving is simply too costly and/or complicated. Investors that have put at stake much of their capital or savings in a project, bankers that have deployed across the country at the cost of millions of dollars, expatriates that have cut off almost all links with their previous host country, or people simply too attached emotionally to Syria, will try to stick it out as long as physically possible. Others will relocate to nearby places, such as Lebanon or Dubai, from where they will be able to continue to manage their investments, or temporarily find a new job in the hope that the conflict will end soon.

It is this category of investors and highly qualified individuals that Syria will need to rely on when reconstruction begins. The size of their involvement and experience in the country, as well as their commitment to it, will be an invaluable asset when the time for rebuilding arrives.

Much, however, remains to be clarified before this takes place. Not only must the political crisis gripping the country end, the economic policies of the future must also take into account the calls for change that are coming from large segments of the population. In other words, investors must understand the underlying causes of the current uprising if they want to contribute positively to the new Syria. Syrians taking to the street are, in the words of a Syrian intellectual, from “the working world.” These are the people who have suffered in the last two decades from the rising income disparity, decreasing state investment in infrastructure and social services, and unregulated liberalization that has shed thousands of jobs.

While those with financial capital and wherewithal need to continue to lobby for their interests as investors and champion the cause of good governance and of a sound legal and business environment, they must also take into account the fact that the state must continue to have a role in the economy — albeit redefined — and that solidarity between the haves and the have-nots needs to prevail. This will be a requirement for Syria to change for good and for the stability they cherish to hold, whenever it may return.

Note: This article appeared first in the June 2012 edition of Executive Magazine

L’économie syrienne connaît un répit, les fondamentaux restent dans le rouge

Monnaie-syrienne-et-dollarsAlors que le début de l’année avait fait craindre un écroulement de l’économie syrienne, la hausse des prix a depuis ralenti et la monnaie nationale a repris des couleurs. La question de la pérennité de cette stabilisation se pose au vu d’un environnement économique et politique qui ne cesse de se dégrader.
L’inflation s’est atténuée après avoir atteint sur certains produits des niveaux proches de 100 pour cent, alors que la livre syrienne qui avait chuté à 107 livres pour un dollar le 9 mars s’est graduellement reprise pour se situer autour de 68 livres pour un dollar sur le marché noir début mai. Les coupures d’électricité se sont par ailleurs atténuées et le courant est maintenant rétabli quasiment 24 heures sur 24 à Damas, alors que d’autres régions du pays ne font plus face qu’à deux à trois heures d’interruption par jour.

La livre syrienne reprend des couleurs

Si l’amélioration de la fourniture d’électricité s’explique par l’arrivée du printemps et la baisse de la demande de chauffage électrique, la principale surprise est la bonne tenue de la monnaie nationale. En effet, après avoir résisté la plus grande partie de l’année dernière grâce à l’intervention soutenue de la Banque centrale, la livre syrienne dépassait le cap des 60 livres pour un dollar fin 2011 – alors que son taux avant le début de la révolte populaire en mars 2011 était de 47 livres. En quelques semaines, entre début janvier et début mars, la livre dépassait les caps psychologiques des 70 puis des 80, 90 et finalement 100 livres début mars.
L’annonce par le ministre de l’Économie début 2012 que le gouvernement donnerait la priorité à la préservation des réserves de change plutôt qu’à la défense de la livre apparaît comme l’un des principaux facteurs de cette dégringolade. Le rétablissement relatif de la valeur de la monnaie nationale depuis mars s’explique en grande partie par le revirement du gouvernement qui a ordonné le retour de la Banque centrale sur le marché à travers la vente de devises.
Un autre facteur explique cette amélioration : la baisse significative des importations – et donc de la demande de devises – qui est une conséquence de la faiblesse de la consommation et de l’investissement. Cette baisse est accentuée par la hausse des tarifs douaniers pour de nombreux produits importés de consommation. Les exportations turques vers la Syrie ont ainsi baissé de 57 % sur une base annuelle au cours du premier trimestre 2012.
L’une des conséquences du redressement de la monnaie est sa contribution à la stabilité des prix. Alors que le taux d’inflation pour certains produits alimentaires comme les huiles végétales, la viande de poulet et les œufs augmentait de manière spectaculaire au début de l’année, les prix sont maintenant revus à la baisse, en particulier pour les produits importés, tels le sucre et le riz. L’économie syrienne a également bénéficié de relativement bonnes récoltes grâce à un niveau satisfaisant de pluies et à une relative stabilisation du niveau de violence, en particulier dans la région stratégique située entre Homs et Hama qui est non seulement une zone agricole de première importance mais aussi une plaque tournante pour le transport à travers tout le pays. Un autre facteur important pour la stabilisation des prix est la chute de la consommation qui résulte de la baisse du pouvoir d’achat.

Répit conjoncturel ou redressement structurel ?

La question qui se pose est de savoir si cette relative amélioration est d’ordre structurel et tenable sur le long terme ou si elle ne fait que bénéficier de facteurs conjoncturels qui vont vite faire de se dissiper.
L’économie syrienne a prouvé l’année dernière sa capacité de résistance grâce en particulier à sa relative diversification, mais la chute des exportations pétrolières – qui représentaient en 2010 près de 50 pour cent de toutes les recettes d’exportations – risque de peser tôt ou tard sur la capacité du gouvernement à financer ses importations et à défendre sa monnaie. La décision de la Banque centrale au début de l’année d’arrêter d’intervenir sur le marché des changes est un signe qui ne trompe pas – même si cette décision a depuis été annulée.
Déjà, à la mi-mai, de nouvelles tensions apparaissaient sur les marchés du gaz domestique et des produits pétroliers avec des difficultés d’approvisionnement à Damas et à travers le pays. D’après le gouvernement, ces difficultés sont dues aux sanctions internationales qui, en bannissant le transport de produits énergétiques vers la Syrie et en coupant le système bancaire national du système financier mondial, empêchent les paiements et les livraisons de ces produits.

L’Isolement international persiste

Bien qu’il ne fasse pas de doute que les sanctions imposées par l’Union européenne, les États-Unis, la Turquie et les pays du Golfe compliquent sérieusement les relations commerciales et financières de la Syrie avec le monde extérieur, il n’est pas à exclure que le gouvernement cherche de son côté à réduire ses achats de produits importés afin de réduire sa facture en devises tout en blâmant la communauté internationale pour les pénuries.
De toute manière, il semble peu probable que le gouvernement puisse venir à bout de ces sanctions sans changement radical dans sa gestion de la crise et en particulier l’ouverture d’un dialogue politique sérieux avec l’opposition – une option qui apparaît très peu probable pour l’instant.
Il reste de nombreuses inconnues, notamment quant à la nature du soutien annoncé par des pays amis, tels l’Iran, l’Irak ou la Russie, dont l’appui financier pourrait peser dans la balance et fournir un répit de plus longue durée au gouvernement syrien.
Certaines sources avaient parlé d’aides bonifiées de plusieurs milliards de dollars de la part de l’Iran mais au vu des difficultés financières de Téhéran ces affirmations semblent dénuées de fondement. Par ailleurs, le déficit de produits raffinés à la fois en Irak et en Iran empêche Damas de s’approvisionner auprès de ces deux pays.
Si le gouvernement arrivait à maintenir la stabilité actuelle pendant encore plusieurs mois, ce ne serait pas la première surprise que l’économie syrienne réserverait. Cependant, avec des perspectives politiques bouchées, il est peu probable que sur le long terme les décideurs à Damas puissent échapper à une rechute. L’inconnue reste de savoir quand celle-ci va se produire.

 

Remarque: Cet article a été publié en juin 2012 dans Le Commerce du Levant