En Syrie, une «économie sous perfusion des pays amis»

Comment tient la Syrie après presque deux années de révolution et de guerre ? Jihad Yazigi, rédacteur en chef du Syria Report, site d’information et d’analyse économique (http://www.syria-report.com), évalue les moyens de subsistance de la population et les ressources d’un régime sous perfusion de ses derniers alliés : « Il faudra vingt ans pour revenir au niveau d’avant-guerre », selon lui. Entretien.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), près d’un million de Syriens seraient menacés de famine, cet hiver. Que pensez-vous de cette estimation ?

Il est aujourd’hui très difficile d’avoir des chiffres sur la situation mais le PAM a raison de tirer la sonnette d’alarme. Ce que l’on peut dire, c’est que la détérioration de la situation, qui s’est considérablement accélérée depuis l’été dernier et les combats à Alep, a aggravé une très profonde crise économique et sociale. Il y a une forte décroissance, le chômage est très élevé, le taux d’inflation officiel est de 50 % mais il est bien plus élevé car l’indice est mesuré par rapport aux prix officiels : par exemple, le mazout est calculé au prix de 27 livres syriennes le litre, alors qu’en réalité il est de 100 livres et bien plus. Le grand problème qui se pose est un problème d’acheminement des biens, des produits agricoles. Il est très difficile de circuler d’une région à une autre, les routes sont très dangereuses, les attaques y sont permanentes de la part de bandes armées qui profitent du chaos. À ce problème d’acheminement s’ajoute celui de la pauvreté. Beaucoup de gens ont perdu leur travail depuis longtemps et leurs économies fondent ou ont déjà fondu ; l’inflation atteint des niveaux records en particulier pour le pain, élément de base de l’alimentation des familles : dans certains quartiers touchés par la violence, elle atteint parfois 500 %. Il faut aussi savoir que les régions et les quartiers qui sont les plus touchés par la violence sont des zones pauvres. Cette combinaison de facteurs laisse prévoir ce type de situation : l’appauvrissement et le risque de famine. La situation est particulièrement difficile dans les régions sous bombardement pour les populations qui n’ont pas pu fuir, comme à Homs, Alep et sa région, qui souffrent beaucoup. Il faut dire aussi que depuis 20 mois, depuis l’escalade de la violence, à l’été 2011, il n’y a pas eu une seule journée de trêve, contrairement par exemple à la guerre civile au Liban.

Comment fonctionnent les zones qui ne sont plus sous le contrôle du gouvernement, les zones dites « semi-libérées ». Quels sont leurs moyens de subsistance ?

Il n’y a évidemment pas d’investissements. C’est une économie qui tourne au ralenti, avec quelques petits commerces, et qui fonctionne avec l’aide de l’étranger, des expatriés. C’est une économie de subsistance d’autant que très peu de ces régions échappent à la violence et aux bombardements. Il faut aussi rappeler que les zones semi-libérées, au nord du pays, sont largement rurales ; elles vivent en partie comme avant mais sans l’aide du gouvernement. Ces populations étaient auparavant dépendantes de l’État, elles bénéficiaient des subventions notamment sur le mazout, l’électricité, le pain et le sucre. Le problème auquel elles sont confrontées, c’est que leur accès est très difficile en raison des barrages et des attaques, ce qui les coupe des autres régions syriennes d’où elles pourraient recevoir mazout, farine, etc. Ce sont donc des régions isolées qui vivent de manière autonome, où la population tente de survivre et bénéficie un peu du soutien des expatriés. C’est probablement la diaspora qui les aide à tenir.

Les régions relativement épargnées par la violence et qui sont encore sous le contrôle du pouvoir, comme le centre de Damas ou les villes côtières, sont-elles également touchées par les pénuries ?

Il y a en effet des pénuries de mazout et de gaz jusque dans la capitale, car la Syrie importe pour moitié son gaz et pour un tiers son mazout. Le pain aussi arrive difficilement à Damas. Le problème de Damas, c’est aussi l’afflux de réfugiés. Dans le centre de la capitale, une grande partie de la classe moyenne supérieure et de la petite bourgeoisie a quitté le pays, ceux qui restent peuvent trouver de tout mais à condition d’y mettre le prix. Tout le monde est donc touché, d’une manière ou d’une autre. La capitale souffre aussi des coupures d’électricité, soit parce que les centrales et les transformateurs ont été endommagés, soit par manque de fuel pour faire tourner les centrales. Il y a des coupures très importantes, jusqu’à 10 heures d’affilée, mais en moyenne, les coupures durent 6 heures par jour. On ne sait pas si les pannes de ces derniers jours vont durer, mais le fait est que le réseau est tellement affaibli que n’importe quelle panne crée des pénuries assez importantes. Il faut aussi savoir qu’en raison de la pénurie de mazout, les gens ont recours à l’électricité, ce qui créée une pression énorme sur le réseau. Mais la situation à Damas n’est pas comparable avec d’autres régions : à Homs, la situation est catastrophique avec seulement une heure d’électricité par jour et certains quartiers d’Alep peuvent rester 8 jours sans électricité.

Quelles sont les sources d’approvisionnement du régime ?

Ce sont les pays dit amis, le Liban, l’Irak, l’Iran, le Venezuela et la Russie. Il y a eu des livraisons de fuel et de mazout de ces pays amis, du diesel de Russie en décembre, car aucune loi n’empêche d’importer ce type de produits. Et au terme d’un accord signé à Téhéran la début janvier, le gouvernement vient d’obtenir des Iraniens une ligne de crédit à hauteur d’un milliard de dollars, dont la moitié doit servir à financer des projets électriques, en particulier la construction d’une centrale sur la région côtière. C’est d’une certaine manière une économie sous perfusion des pays amis.

Le régime continue-t-il à exporter vers le Liban, l’Irak et la Jordanie ?

Oui, la Syrie continue à exporter un peu vers l’Irak : jusqu’à l’été, les usines d’Alep continuaient à fonctionner très bien, les entrepreneurs profitaient de la baisse de la monnaie pour exporter sur le marché irakien à des prix compétitifs. Aujourd’hui, il y a, ici et là, des niveaux minimums d’exportation. Récemment encore, une délégation du gouvernement était en Ukraine pour négocier la vente de phosphate, puisque la Syrie est un grand producteur de phosphate. Les usines continuent de tourner probablement à 20 % de leurs capacités : les ouvriers vont à l’usine s’il n’y a pas de violence et si l’électricité fonctionne, les entrepreneurs continuent de produire si les conditions le permettent. Il faut répondre au besoin minimum de la population, et ce peut être pour les entrepreneurs un moyen de se faire beaucoup d’argent puisqu’il n’y a plus de compétition.

Qu’en est-il de l’agriculture, qui représentait 20 % du PNB et qui a permis à la Syrie d’être pendant de longues années autosuffisante ?

L’agriculture a bénéficié de deux bonnes années de pluie, en 2011 et 2012, ce qui a permis de retarder une trop forte inflation. Pendant de longs mois, la Syrie a pu ainsi produire des produits agricoles, de la viande, de fruits et des légumes. Le problème de l’agriculture réside dans la capacité des fermiers à aller dans les champs, l’approvisionnement en engrais et autres. Mais le plus grand problème demeure la commercialisation et la distribution, parce que les routes ne sont pas sécurisées. Dans la région agricole de Déra’a (sud du pays), un fermier peut acheminer sa production à Damas, en payant le prix et en prenant des risques. L’acheminement peut aussi se faire sans trop de difficultés entre Damas et Tartous (sur le littoral côtier, au centre), en revanche, entre Homs, Alep et Hama, c’est très difficile.

Plus généralement, que reste-t-il de l’activité économique ?

Il y a un minimum d’activité économique qui est le fait d’un minimum de vie. Un million de Syriens sont hors du pays, mais il reste 20 millions de personnes qui ont besoin de vivre, de se nourrir, de s’habiller, comme c’était le cas pour les Libanais, pendant la guerre civile. L’économie syrienne fonctionne au minimum, elle s’est radicalement transformée en une économie de subsistance : la population dépense pour manger, pour se soigner lorsqu’elle en a les moyens. Mais beaucoup de Syriens ont des comptes à l’étranger, ils continuent de payer des salaires, les cafés fonctionnent aussi. Il y a un mois, en décembre, un mariage a été célébré en grande pompe dans un restaurant huppé du vieux Damas.

Qu’en est-il de la nouvelle économie initiée par Bachar al-Assad, en particulier le secteur des services (banques privées, foncier…) qui avait permis de dégager une nouvelle rente pour le pouvoir et les réseaux affairistes qui lui étaient proches ?

Beaucoup d’hommes d’affaires ont quitté le pays. Et beaucoup d’entre eux apportent leur soutien à la révolution. Il n’y a plus de touristes depuis le début du soulèvement, le secteur manufacturier est fortement touché. Le tourisme a été le secteur le plus rapidement et le plus fortement touché. Son impact a été particulièrement important car c’est un secteur qui rapporte des devises. Les banques perdent également de l’argent mais leur bilan ne représente en général qu’une petite partie du bilan de leurs banques mères basées au Liban, en Jordanie ou dans le Golfe. Donc elles devraient normalement continuer à tourner. L’économie syrienne s’est structurellement modifiée et tente de s’adapter à cet état de guerre qui a tout l’air de durer. Une économie informelle est en train de se développer avec les enlèvements, des commerces illicites, notamment aux postes-frontières où les droits de douane ne sont plus prélevés. D’autres secteurs d’activités se développent, notamment le secteur des générateurs électriques et de la sécurité : des publicités proposent aux particuliers des vitres qui résistent aux déflagrations, des portes blindées, il y a aussi la sécurité des hommes d’affaires. Tous ne sont pas forcément liés au régime mais il est difficile d’afficher ouvertement son opposition.

 Quelles sont les ressources financières du régime ? Peut-il encore payer les fonctionnaires et est-ce que l’administration continue de fonctionner ?

Oui, elle continue de fonctionner et les salaires sont encore payés par virement mais dans les zones reculées, dans les campagnes, s’il n’y a pas de banque, de distributeurs de monnaie, les fonctionnaires ne peuvent les retirer et les chèques et les cartes de paiement n’ont jamais été trop utilisés en Syrie. Ce qu’il faut noter, c’est qu’avant la crise, dans le budget d’État, les dépenses d’investissements et les dépenses courantes étaient réparties de manière équilibrée. Le régime a tout de suite arrêté les dépenses d’investissement, ce qui lui a permis de faire des économies très rapidement. Par ailleurs, le gouvernement a continué à exporter du pétrole brut pendant huit mois, jusqu’en novembre 2011, principalement vers l’UE – les sanctions votées en juillet n’ont pas été appliquées tout de suite. Le gouvernement avait par ailleurs des réserves en devises, et avec la chute de la monnaie locale, ces réserves ont acquis plus de valeur. On peut aussi supposer que le gouvernement reçoit de l’aide de l’Irak, de l’Iran et de la Russie même si on n’a pas d’indicateurs de cette aide. Autre point, le gouvernement dépense peu hormis les salaires de l’administration. La fourniture d’électricité se fait grâce au fuel qui est produit en Syrie et les dépenses courantes ont aussi beaucoup baissé dans les régions où l’État n’a plus d’autorité. Les fonctionnaires qui sont accusés par le régime de collaborer avec les « groupes terroristes », selon la rhétorique officielle, ont été licenciés. En définitive, cette baisse très rapide des dépenses, l’utilisation efficace des réserves et les aides potentielles des pays amis permettent au régime de tenir.

Peut-on chiffrer ces réserves ?

Non, on ne peut pas. On parle de 3 à 5 milliards de dollars de réserves pour 7 milliards au début de la crise, mais ce ne sont que des spéculations, on n’a aucun indicateur économique depuis mai 2011.

 Le régime ne contrôle plus un large pan du territoire, il va probablement en perdre d’autres pour sécuriser des territoires plus importants pour sa survie, en particulier Damas. Quelles seraient les conséquences de la perte d’Alep pour le régime ?

Ils peuvent se permettre de perdre Alep, qui en tant que ville ne génère pas beaucoup d’argent pour le gouvernement. Alep est une ville dominée par le secteur privé, le commerce, mais elle n’a pas de ressources comme le blé, le coton, le phosphate ou le pétrole. La perte d’Alep serait problématique du point de vue politique et symbolique mais pas au niveau économique. C’est un centre de distribution de produits agricoles, d’approvisionnement du nord-est, mais en pratique, Alep a déjà perdu ce rôle-là. Si Alep venait à être coupée du reste du pays et de Damas, cela compliquerait l’approvisionnement de certains produits, notamment de produits pharmaceutiques car l’industrie pharmaceutique était très importante à Alep, mais ce coût est difficile à chiffrer. Et ce n’est pas essentiel pour le régime.

Quelles sont les régions qui sont vitales au régime d’un point de vue économique ? Si la région de Déra’a, frontalière avec la Jordanie, lui échappe, perdrait-il une source d’approvisionnement importante ?

D’un point de vue économique, ce serait l’accès aux régions céréalières et aux grands champs pétroliers dans le nord-est, dans la région d’Hassaké. De même la perte de la région de Homs avec la raffinerie de pétrole, à l’ouest, serait problématique. La situation à Déra’a est déjà très compliquée mais en réalité, le vrai poumon économique de la Syrie reste le Liban, à travers les relations commerciales et le système bancaire libanais, qui permet de contourner les sanctions internationales sur les banques syriennes. Les commerçants syriens et libanais importent du Liban, les banques libanaises peuvent fournir les lettres de crédits pour permettre d’importer du blé. On n’a pas de chiffre global de ces importations, mais il semble que les fournitures soient suffisantes.

Le régime pourrait donc survivre grâce à l’aide du Liban ?

Il est difficile de le dire, mais depuis, cet été, il y a une brusque accélération de la détérioration. Le grand problème, c’est que l’on n’a aucune idée de leurs réserves en devises, donc on ne sait pas combien de temps ils vont pouvoir continuer d’importer. Ils peuvent par ailleurs encore continuer à imprimer de la monnaie, mais les importations de blé dont ils ont besoin pour le pain nécessitent des devises, et même si on n’a pas de chiffres, on peut penser que leurs réserves ont nettement baissé.

La cash économie a toujours joué une grande place dans l’économie syrienne, permettant au régime et à la population de résister pendant des périodes très difficiles (les affrontements des années 1980, la crise financière de 1986…). Le pays a d’ailleurs longtemps vécu en autarcie, cette expérience peutelle lui permettre de s’adapter à cette situation ?

Oui. Et il y a aussi le fait que l’économie syrienne, à la différence des autres pays du Moyen-Orient, est une économie relativement diversifiée avec un secteur agricole important, du pétrole et du gaz, le tourisme, le secteur manufacturier et le secteur des services, cette diversification a aidé cette économie faible. Par ailleurs, une des chances de la Syrie si l’on peut dire, c’est qu’aucun grand complexe industriel, telles les raffineries ou les centrales électriques, n’a encore été touché, ce qui est extrêmement important pour l’après. Cependant, le commerce qui subsiste à Damas ne doit pas faire illusion. L’économie est en très mauvais état. Il faudra vingt ans pour revenir au niveau d’avant la guerre. Il y a trente ans, le PIB par habitant était équivalent à celui de la Corée du Sud et non de pays comme le Zimbabwe. Quant aux Syriens eux-mêmes, ils tentent de subvenir à leur besoin au minimum, ils s’appuient sur leur épargne et l’aide de leurs familles à l’étranger. La société s’est très bien organisée mais elle est exténuée et surtout laissée à l’abandon. Combien de temps pourra-t-elle tenir ainsi ?

 

Remarque: Cette entrevue a été publiée par Médiapart le 28 janvier 2013

The problem with Syria’s peace plan

The UN envoy to Syria, Lakhdar Brahimi, will meet US and Russian negotiators on Friday to discuss his peace plan for the country. But Bashar al-Assad’s speech, delivered last week, has probably spelled the end of the Brahimi initiative, at least in its present form. What amounted to a dismissal of the plan by the Syrian president has actually created a sense of relief in some segments of the opposition, which feared that the international community was doing deals at its expense. It is important to understand why this is the case if any future plan for a negotiated exit from the crisis is to have a chance of success.

First, Brahimi makes no mention in his plan of the future status of the presidency or security services, the only two real centres of power in Syria. The Syrian government itself is little more than an assembly of technocrats and civil servants with no power base or authority to speak of. As long as any mention of the future role of the security services, and in particular of their command structure, is omitted, any interim government would be toothless and the opposition would reject the plan. Had the plan mentioned, for instance, the dissolution of the security services and entrusted international peacekeeping forces to take charge of security matters, or announced the unification of these services under a single command that would report to the minister of interior of the new government, we would have seen a different reaction from the opposition.

Second, Brahimi addresses the crisis as if it were mainly a conflict between two parties that have competing agendas and leaders: hence, his definition of the conflict as being a civil war and his plan for a power-sharing agreement. There are some respects in which the conflict in Syria is a civil war, but this definition certainly doesn’t cover all of its aspects. Syria’s revolutionaries do not claim to have a specific ideology or agenda – something for which they have been blamed in the west. They have no leaders to speak of and, most importantly, they do not define their struggle as one for power but one for a change in the way power is exercised.

Obviously many opposition politicians do what politicians around the world do – they spend more time jockeying for position than representing the interests of their constituents; many others have their own clear or less-clear agendas, or those of their foreign sponsors. But the bottom line is that the only source of political legitimacy in the opposition is the acceptance of the essence of the revolution: a fight for dignity and justice, for better governance, for a freer political system, for the accountability of government officials and for the rule of law. This explains, for instance, the fact that the call by Islamist fighting groups in Aleppo last November for the establishment of an Islamic state was swiftly rejected by activists and large segments of society, forcing these groups to backtrack. The message of activists was basically: “You are here to protect us, not to tell us what political system will govern us.”

One could argue here that it is the strictly “diplomatic” approach – which regards the two parties as having competing but equally legitimate interests, and in which any suspension of fighting and any power-sharing deal is seen as a success – that must be faulted. The opposition has now largely acknowledged the need for a negotiated settlement but it understands negotiation as being aimed at an orderly, gradual and peaceful transition to a new political system, and not at splitting the assets of the state between two warring parties or granting political legitimacy to the regime.

Thirdly, there is a total absence of the concept of justice in Brahimi’s plan and statements. Justice, one would have thought, would be particularly important in the case of Syria, which has seen the violent death of more than 60,000 of its citizens. However, the need for justice is political as well as moral.

When the conflict ends and the issue of disarming the fighters comes to the fore, the formal political opposition will need to show that one of the key goals of the revolution, justice, has been attained, even if not as neatly as it would have wanted. That will be an important, if not sufficient, argument to spur the disarmament of fighters; it would be politically short-sighted and foolish to expect them to give up their arms after all the losses they and their families have suffered without a minimal application of justice.

This perceived lack of justice, more than anything else, carries the risk of a potential “Somalisation” of the country. The chances for a negotiated settlement of the Syrian crisis are growing increasingly dim. But if the international community wants to give negotiation a chance to succeed it cannot afford to close its eyes on key aspects of the conflict.

 

Note: This article appeared first on 10 January 2013 in the Guardian