Inflating Syria’s crisis

The Syrian government announced in June the imposition of new restrictions on private sector imports, a move that reflects the authorities’ growing nervousness as all economic and financial indicators are in the red.

In a decision issued on June 10, Syria’s Ministry of Economy and Trade required all traders to apply for an import license before conducting any import transaction. While this license already exists for many items, it is now extended to products that were exempted from it, such as food products and medicines. After obtaining their license, importers will also need to find their own source of financing and will no longer be able to rely on the Central Bank of Syria (CBS) to buy their foreign currencies. By increasing paperwork and making it more difficult for importers to access foreign exchange, the government hopes to slow or discourage impåorts.

At the same time, the ministry announced that it would use state-owned enterprises to import directly a list of key food items such as sugar, rice, tea, coffee and canned food. The ministry will import these items using foreign currencies purchased from the CBS at the official rate, which, in mid-June, stood at only half the black market value.

By importing certain products directly, the government hopes to solve two problems. First, by buying currencies at the CBS’s official rate, it reduces the cost of imports and therefore limits the rise in inflation. Moreover, it ends the practice of many importers who bought foreign currencies from the CBS only to sell them back on the black market and make a profit, instead of using them to finance their imports. The latest decision reflects the growing concern of the authorities over rising inflation, which is running in the triple-digits, and falling foreign currency holdings, which are estimated to have declined to less than $5 billion from $17 billion in March 2011. However, it is only one step further in a policy of curbing the level of imports that began almost two years ago.

In September 2011, the government banned the import of all products that had a customs tariff of 5 percent or more. The idea was to save foreign currencies that would otherwise be used to import “luxury products”, cars in particular. The outcry from the business community was such that the government was forced to reverse its decision 10 days later.

Then, in February 2012, customs tariffs on a long list of consumer products were increased to between 40 percent and 80 percent. The measure, which was officially justified by the need to protect local production and to slow demand for foreign currencies, buried for good the policy of trade liberalization that had begun when Bashar al-Assad came to power some 10 years earlier.

The opposition’s seizure of the north-east part of the country in the first quarter of this year contributed to an increasing sense of urgency in Damascus. The region is, indeed, the source of all the oil wealth of the country and of much of its agricultural resources.

As it is now unable to access these resources, the government is forced to turn to global markets to buy petroleum products and grain and, hence, use its foreign assets. The Ministry of Petroleum and Mineral Resources recently said, for instance, that the government needs about $500 million per month to finance its oil purchases. The $6 billion needed for a year’s worth is more than the total estimated remaining foreign exchange reserves of the CBS.

The government is also trying to offset these pressures by relying increasingly on its political allies. In May the governor of the CBS announced that Iran had provided, or was preparing to provide, to Damascus a total of $7 billion in the form of concessionary loans and credit lines.

This growing political dependence and the rising economic pressures are having an impact on the national currency. The Syrian pound dropped in value from 150 pounds to the dollar at the end of May to 190 pounds on June 17. While this surge is partly the result of the announcement by the Obama administration that it intends to send arms to the opposition, it is symptomatic of the slow, and apparently irreversible, decline of the Syrian economy.

Note: This article appeared first in the July 2013 edition of Executive Magazine

Le gouvernement syrien tente de freiner les importations pour préserver ses devises

monnaie-AMM03_JORDAN-SYRIA-_1206_11Le gouvernement syrien a annoncé l’imposition de restrictions sur le commerce à l’importation par le secteur privé, une décision qui fait suite aux difficultés croissantes de la Banque centrale à gérer ses réserves en devises et à l’augmentation continue du taux d’inflation.
Dans une circulaire publiée le 10 juin, le ministère de l’Économie exige de tous les importateurs qu’ils demandent une licence d’importation pour chaque transaction qu’ils veulent effectuer. La demande doit inclure un formulaire dans lequel de nombreuses informations sont demandées, y compris les noms des produits à importer, leurs volumes, leurs origines et leurs prix. Après obtention de la licence, les importateurs devront chercher leur propre source de financement sans pouvoir recourir à la Banque centrale pour acheter des devises. En augmentant les démarches administratives, en allongeant les délais et en rendant plus difficile l’accès aux devises, le gouvernement espère ralentir, voire décourager les importateurs et ralentir le niveau des importations.
Par ailleurs, le ministère a annoncé qu’il allait prendre en charge directement, ou à travers les nombreuses entreprises publiques, l’importation d’une liste de denrées alimentaires telles le sucre, le riz, le thé, le café et les aliments en conserve. À leur arrivée dans les ports syriens, ces produits seront revendus en gros à des commerçants qui se chargeront de leur distribution. Le ministère se procurera des devises auprès de la Banque centrale au taux officiel que celle-ci affiche et qui se montait, à la mi-juin, à seulement la moitié de sa valeur sur le marché noir.
En important directement certains produits, le gouvernement espère résoudre deux problèmes auxquels il fait face. Premièrement, en achetant des devises au taux officiel de la Banque centrale, il réduit le coût des importations et, par conséquent, il contribue à limiter la hausse de l’inflation. Par ailleurs, il met fin à la pratique de nombreux importateurs qui se fournissaient en devises auprès de la Banque centrale et profitaient du différentiel de taux pour les revendre au marché noir au lieu de les affecter au financement des importations.

Des tentatives nombreuses et confuses

Ce n’est pas la première fois, depuis le début du soulèvement populaire il y a plus de deux ans, que le gouvernement syrien tente de freiner les importations. En mai 2011, quelques semaines à peine après le début des manifestations, Bachar el-Assad avait annoncé lors d’une rencontre avec des hommes d’affaires qu’il comptait réviser les accords de libre-échange signés avec les pays arabes (Zone arabe de libre échange) et avec la Turquie. « Nous allons protéger l’industrie locale et réviser les accords commerciaux qui ont contribué à des pratiques de dumping », déclarait alors le président syrien.
L’annonce, qui fut perçue comme une réponse aux manifestations qui touchaient principalement les zones rurales et périurbaines des grandes villes particulièrement affectées par la libéralisation de la décennie précédente, n’a pas été suivie d’effet.
En septembre 2011, le gouvernement a pris de court la communauté des affaires en interdisant du jour au lendemain toutes les importations de produits ayant un tarif douanier de plus de 5 %. La décision, officiellement dictée par un souci de préserver les réserves en devises, a provoqué un tollé général et a été annulée à peine dix jours plus tard pour être remplacée par une hausse des tarifs douaniers sur les voitures, un poste d’importation relativement important. Le gouvernement était non seulement décrédibilisé par son retournement, mais révélait aussi sa nervosité à propos du niveau de ses réserves en devises.
Finalement, en février 2012, un décret présidentiel augmente de manière significative les tarifs douaniers sur une longue liste de produits de consommation. Des produits aussi divers que les vêtements, les tapis, le chocolat, l’eau minérale, le tabac, les boissons alcoolisées, les équipements ménagers et électroniques, les produits de beauté ou les meubles ont été soumis à des tarifs variant de 40 à 80 %. La mesure, qui était justifiée par la nécessité de protéger la production nationale et de ralentir la demande de devises, enterrait pour de bon la politique de libéralisation commerciale qui avait débuté dix ans plus tôt avec l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad.
Jusqu’au début des années 2000, le commerce extérieur syrien était strictement réglementé avec des tarifs douaniers élevés, des interdictions d’importations sur certains produits et un monopole public sur d’autres.
À partir des années 2000, le régime douanier s’est libéralisé de manière graduelle et une liste de plus en plus importante de produits de consommation a commencé à pénétrer le marché. En 2005, la Syrie intégrait la Zone arabe de libre-échange et, en 2007, l’accord d’une zone de libre-échange avec la Turquie était entériné. Celui-ci a permis au commerce entre les deux pays de tripler en l’espace de quatre ans, même si cette croissance s’est fait largement au détriment de Damas et en faveur du grand voisin turc.

Inflation en hausse, devises en baisse

La dernière décision du gouvernement n’est qu’une étape parmi d’autres pour freiner le niveau des importations. Elle reflète aussi une inquiétude croissante des autorités face à la détérioration des indicateurs économiques et financiers. Cette inquiétude du gouvernement est d’ailleurs partagée par le monde des affaires qui a peu contesté la décision de restriction des importations du privé.
Bien que le taux d’inflation n’ait pas été publié depuis le mois de novembre 2012, la hausse des prix atteint des niveaux record. À part le pain et les produits énergétiques qui restent subventionnés – mais qui font face à des pénuries importantes – quasiment plus aucun produit n’est épargné par une inflation galopante.

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Le niveau des avoirs en devises est également source de grave préoccupation. Il est très difficile de fournir une évaluation correcte de ces réserves qui se montaient à 17 milliards de dollars en mars 2011 et qui se situeraient, selon de nombreuses sources, à moins de 5 milliards actuellement. La récente annonce par le gouverneur de la Banque centrale que l’Iran avait fourni à Damas, ou se préparait à fournir, une aide globale de près de 7 milliards de dollars sous forme de prêts bonifiés et de lignes de crédit, témoigne des besoins de financement accrus, et de la dépendance, des autorités syriennes.
La prise des pouvoirs au début de cette année par l’opposition de la région nord-est du pays a probablement contribué à changer la donne pour le gouvernement. En effet, cette région frontalière de la Turquie et de l’Irak est la source de toutes les richesses pétrolières de la Syrie et d’une grande partie de ses ressources agricoles.
Cette coupure avec le Nord-Est a forcé le gouvernement à se tourner vers les marchés mondiaux pour se fournir en produits pétroliers et en céréales, ce qu’il avait réussi à éviter lors des deux premières années du soulèvement. Le ministre du Pétrole a ainsi récemment déclaré que le gouvernement avait besoin d’environ 500 millions de dollars par mois – soit 6 milliards de dollars par an – pour financer ses achats de pétrole. Ce montant représente à lui seul plus du total des réserves en devises présumées de la Banque centrale.
Par ailleurs, les importations de blé ont augmenté de manière importante depuis le mois de février. Le ministère de l’Agriculture a annoncé avoir besoin d’importer l’équivalent d’un million de tonnes de blé cette année, principalement en provenance d’Ukraine et de France. Près de 300 000 tonnes en provenance de la mer Noire auraient déjà été fournies.
L’augmentation des pressions diverses sur l’économie s’est répercutée sur le niveau de la monnaie nationale. La livre syrienne a chuté à 150 livres pour un dollar à la fin mai et à 190 livres le 17 juin. En mars 2011, le dollar se vendait à 47 livres et le marché noir était quasiment inexistant. Même si cette flambée est aussi le résultat de l’annonce par l’administration Obama qu’elle comptait envoyer des armes à l’opposition, elle est symptomatique de la dérive lente, et apparemment irréversible, de l’économie syrienne.

 

Remarque: Cet article a été publié en Juillet 2013 dans Le Commerce du Levant