L’économie syrienne pourrait croître en 2017

L’année 2017 pourrait être celle du retour de la croissance économique en Syrie pour la première fois depuis le début du soulèvement en mars 2011. Celle-ci ne préfigurera cependant pas une reconstruction à grande échelle du pays.

La chute de la ville d’Alep aux mains du régime et de ses alliés en décembre 2016, la reconquête graduelle de nombreuses poches d’opposition autour de Damas, ainsi que l’accord de cessez-le-feu parrainé par la Russie et la Turquie ont changé la donne politique en Syrie.
Toutes les grandes villes syriennes ainsi que les voies qui permettent d’y accéder sont maintenant sous le contrôle du régime syrien. À l’exception de la Ghouta orientale, ceci s’applique aussi à toutes les banlieues de ces villes.

Le retour de la stabilité

Avec un retour de la stabilité il n’est plus illusoire de s’attendre cette année à un retour de la croissance du PIB syrien mesuré en base annuelle, et ce pour la première fois depuis 2010. En 2014, la croissance avait bien semblé redémarrer, mais ce regain d’activité n’avait touché que quelques secteurs et n’avait duré que quelques mois.
Ces derniers mois déjà, avec le retour d’une relative normalité dans de grandes parties des régions ouest du pays (la région côtière et l’axe Damas-Hama), certains secteurs économiques semblaient stabilisés et même en croissance. C’est en particulier le cas du secteur manufacturier et de la construction. Le nombre de projets manufacturiers ayant obtenu une licence durant les neuf premiers mois de 2016, par exemple, était déjà plus élevé que la moyenne annuelle durant les quatre années précédentes. Certes, dans leur grande majorité ces projets sont de taille artisanale, mais ils indiquent une amélioration de la confiance. Quant aux livraisons de ciment par les entreprises du secteur, elles étaient stables durant les neuf premiers mois de l’année alors qu’elles n’avaient cessé de décliner les années précédentes.
D’autres secteurs économiques, telle l’agriculture, qui reste l’un des secteurs d’activité les plus importants, continuaient cependant à souffrir (voir Le Commerce du Levant de janvier 2017).

Plusieurs facteurs de croissance

L’année 2017 pourrait voir l’économie syrienne bénéficier de plusieurs facteurs positifs :
– La relative stabilité politique dans les régions tenues par le régime, où habitent au moins deux tiers de la population résidente, va encourager les entrepreneurs à investir et les consommateurs à dépenser plutôt qu’à épargner, bien que les consommateurs ayant de l’épargne soient actuellement bien peu nombreux. Cette stabilité devrait également supprimer les barrières internes au transport et à la distribution, rendant ces deux secteurs plus compétitifs et entraînant une baisse des coûts.
– La fin de la bataille d’Alep va permettre un retour de la production manufacturière dans ce grand centre industriel syrien. Certes, en volume total l’investissement sera encore très limité comparé aux niveaux d’avant 2011, mais par rapport à leur niveau actuel l’amélioration sera significative. Il faut s’attendre aussi à un retour des réfugiés de la ville qui habitent actuellement au Liban, en Turquie, en Arménie et dans les pays du Golfe. Rien qu’au Liban, il est estimé qu’entre 15 et 20 000 Arméniens alépins habitent dans le quartier de Bourj Hammoud dont certains ont déjà commencé à revenir. Ces retours tireront la consommation vers le haut.
– Il est également probable que ceux parmi les expatriés qui n’ont pas à craindre de représailles de la part du régime retourneront visiter le pays dans les mois qui viennent et en particulier en été. Beaucoup de Syriens n’ont plus visité leurs proches ni leurs résidences depuis de nombreuses années et la fin des combats dans plusieurs parties du pays les encouragera à le faire. Ces retours dynamiseront en particulier les secteurs du transport et du tourisme, et généreront des rentrées en devises.
– De nombreux Syriens qui ont fui le pays ces trois dernières années sont maintenant installés dans leur pays de refuge et ont commencé à travailler. Leurs revenus devraient augmenter les niveaux de transferts vers la Syrie et donc les rentrées de devises ainsi qu’encourager la consommation.
– Si la valeur de la livre syrienne parvient à maintenir la stabilité dont elle a fait preuve depuis environ six mois, la confiance dans l’économie s’améliorera, ce qui aura un effet positif sur les investissements.
– Le secteur agricole qui sort d’une année noire (voir Le Commerce du Levant de janvier 2017) devrait bénéficier des bons niveaux de pluviométrie actuels. Le retour des agriculteurs sur leurs terres dans les régions où la guerre a pris fin améliorera également la production.

Les obstacles perdurent

Cette prévision de croissance reste cependant basée sur des fondements très fragiles, car de nombreux risques continuent à peser sur l’économie syrienne.
Le plus important est la situation politique et militaire. Alors que la partie est de la Syrie est encore à feu et à sang, plusieurs acteurs régionaux, en particulier l’Iran, ne sont pas partie prenante de l’accord de cessez-le-feu russo-turc et n’ont pas forcément intérêt à son succès. Par ailleurs, on est encore dans l’attente de clarifications sur la politique syrienne de l’administration Trump.
L’économie syrienne va également souffrir de la situation budgétaire critique du gouvernement qui est de loin le principal acteur économique. Le manque de données officielles rend toute analyse difficile, mais il y a peu de doutes que le gouvernement est financièrement à bout. Et un gouvernement sans argent c’est beaucoup moins d’investissements et de dépenses dans l’économie.
De même, le niveau des réserves de change est très bas et risque de peser sur la valeur de la livre syrienne sur le marché des changes. Alors que la Banque centrale a réussi à stabiliser sa monnaie depuis la mi-2016, il n’est pas clair si elle dispose encore de beaucoup de marges de manœuvre étant donné le déficit persistant de la balance des paiements. Toute nouvelle pression sur la monnaie pourrait entraîner une perte de confiance ainsi qu’une hausse des coûts d’importation et de production.
La performance du secteur agricole, qui est non seulement crucial à cause de son poids dans l’activité économique mais parce qu’il permet aussi de fournir les villes en denrées à des prix compétitifs, est difficile à prédire. Plusieurs facteurs pèsent sur sa performance : le coût des intrants par exemple, mais aussi la qualité du réseau de transport et de distribution. Le Nord-Est est le principal centre agricole du pays, or il va continuer à être affecté cette année par la guerre contre l’État islamique.
Une autre hypothèque est liée à l’accès aux ressources énergétiques. La très grande majorité des champs pétrolifères et gaziers est sous le contrôle de l’État islamique. Alors qu’il y a encore quelques semaines, certains espéraient une reprise de quelques champs, l’attaque de l’EI sur Palmyre et ses champs gaziers début décembre a rappelé la capacité de nuisance de cette organisation, qui a été confirmée par la destruction de la centrale gazière de Hayan début janvier.

Pas de reconstruction en vue, mais des opportunités

L’éventualité d’une amélioration de la conjoncture économique ne doit pas non plus donner d’illusions sur le lancement d’un plan de reconstruction global du pays. Comme nous l’avons précisé dans un article précédent (Le Commerce du Levant de juillet 2016), de très nombreux obstacles perdurent.
Le plus important d’entre eux est l’absence d’une solution politique globale qui permettrait une levée des sanctions, et un retour des investisseurs étrangers et syriens ; or le processus politique actuel est encore très fragile et n’offre pas encore de garanties sérieuses sur la fin réelle des combats qui pourraient encore reprendre – mi-janvier dans la vallée de Barada près de Damas ils n’avaient d’ailleurs toujours pas arrêté. Si le processus enclenché s’avérait solide et sérieux, par contre, un début de reconstruction serait envisageable à partir de 2018.
Par ailleurs, tout faible qu’il soit un regain d’activité offrira certaines opportunités pour ceux qui sont prêts à prendre le risque. Les secteurs de l’agroalimentaire et pharmaceutique, ainsi que la construction devraient en être les premiers bénéficiaires.
Quoi qu’il en soit, étant donné la situation calamiteuse de l’économie syrienne, toute stabilisation et reprise de l’économie seront les bienvenues pour la population dans son ensemble.

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