L’économie syrienne pourrait croître en 2017

L’année 2017 pourrait être celle du retour de la croissance économique en Syrie pour la première fois depuis le début du soulèvement en mars 2011. Celle-ci ne préfigurera cependant pas une reconstruction à grande échelle du pays.

La chute de la ville d’Alep aux mains du régime et de ses alliés en décembre 2016, la reconquête graduelle de nombreuses poches d’opposition autour de Damas, ainsi que l’accord de cessez-le-feu parrainé par la Russie et la Turquie ont changé la donne politique en Syrie.
Toutes les grandes villes syriennes ainsi que les voies qui permettent d’y accéder sont maintenant sous le contrôle du régime syrien. À l’exception de la Ghouta orientale, ceci s’applique aussi à toutes les banlieues de ces villes.

Le retour de la stabilité

Avec un retour de la stabilité il n’est plus illusoire de s’attendre cette année à un retour de la croissance du PIB syrien mesuré en base annuelle, et ce pour la première fois depuis 2010. En 2014, la croissance avait bien semblé redémarrer, mais ce regain d’activité n’avait touché que quelques secteurs et n’avait duré que quelques mois.
Ces derniers mois déjà, avec le retour d’une relative normalité dans de grandes parties des régions ouest du pays (la région côtière et l’axe Damas-Hama), certains secteurs économiques semblaient stabilisés et même en croissance. C’est en particulier le cas du secteur manufacturier et de la construction. Le nombre de projets manufacturiers ayant obtenu une licence durant les neuf premiers mois de 2016, par exemple, était déjà plus élevé que la moyenne annuelle durant les quatre années précédentes. Certes, dans leur grande majorité ces projets sont de taille artisanale, mais ils indiquent une amélioration de la confiance. Quant aux livraisons de ciment par les entreprises du secteur, elles étaient stables durant les neuf premiers mois de l’année alors qu’elles n’avaient cessé de décliner les années précédentes.
D’autres secteurs économiques, telle l’agriculture, qui reste l’un des secteurs d’activité les plus importants, continuaient cependant à souffrir (voir Le Commerce du Levant de janvier 2017).

Plusieurs facteurs de croissance

L’année 2017 pourrait voir l’économie syrienne bénéficier de plusieurs facteurs positifs :
– La relative stabilité politique dans les régions tenues par le régime, où habitent au moins deux tiers de la population résidente, va encourager les entrepreneurs à investir et les consommateurs à dépenser plutôt qu’à épargner, bien que les consommateurs ayant de l’épargne soient actuellement bien peu nombreux. Cette stabilité devrait également supprimer les barrières internes au transport et à la distribution, rendant ces deux secteurs plus compétitifs et entraînant une baisse des coûts.
– La fin de la bataille d’Alep va permettre un retour de la production manufacturière dans ce grand centre industriel syrien. Certes, en volume total l’investissement sera encore très limité comparé aux niveaux d’avant 2011, mais par rapport à leur niveau actuel l’amélioration sera significative. Il faut s’attendre aussi à un retour des réfugiés de la ville qui habitent actuellement au Liban, en Turquie, en Arménie et dans les pays du Golfe. Rien qu’au Liban, il est estimé qu’entre 15 et 20 000 Arméniens alépins habitent dans le quartier de Bourj Hammoud dont certains ont déjà commencé à revenir. Ces retours tireront la consommation vers le haut.
– Il est également probable que ceux parmi les expatriés qui n’ont pas à craindre de représailles de la part du régime retourneront visiter le pays dans les mois qui viennent et en particulier en été. Beaucoup de Syriens n’ont plus visité leurs proches ni leurs résidences depuis de nombreuses années et la fin des combats dans plusieurs parties du pays les encouragera à le faire. Ces retours dynamiseront en particulier les secteurs du transport et du tourisme, et généreront des rentrées en devises.
– De nombreux Syriens qui ont fui le pays ces trois dernières années sont maintenant installés dans leur pays de refuge et ont commencé à travailler. Leurs revenus devraient augmenter les niveaux de transferts vers la Syrie et donc les rentrées de devises ainsi qu’encourager la consommation.
– Si la valeur de la livre syrienne parvient à maintenir la stabilité dont elle a fait preuve depuis environ six mois, la confiance dans l’économie s’améliorera, ce qui aura un effet positif sur les investissements.
– Le secteur agricole qui sort d’une année noire (voir Le Commerce du Levant de janvier 2017) devrait bénéficier des bons niveaux de pluviométrie actuels. Le retour des agriculteurs sur leurs terres dans les régions où la guerre a pris fin améliorera également la production.

Les obstacles perdurent

Cette prévision de croissance reste cependant basée sur des fondements très fragiles, car de nombreux risques continuent à peser sur l’économie syrienne.
Le plus important est la situation politique et militaire. Alors que la partie est de la Syrie est encore à feu et à sang, plusieurs acteurs régionaux, en particulier l’Iran, ne sont pas partie prenante de l’accord de cessez-le-feu russo-turc et n’ont pas forcément intérêt à son succès. Par ailleurs, on est encore dans l’attente de clarifications sur la politique syrienne de l’administration Trump.
L’économie syrienne va également souffrir de la situation budgétaire critique du gouvernement qui est de loin le principal acteur économique. Le manque de données officielles rend toute analyse difficile, mais il y a peu de doutes que le gouvernement est financièrement à bout. Et un gouvernement sans argent c’est beaucoup moins d’investissements et de dépenses dans l’économie.
De même, le niveau des réserves de change est très bas et risque de peser sur la valeur de la livre syrienne sur le marché des changes. Alors que la Banque centrale a réussi à stabiliser sa monnaie depuis la mi-2016, il n’est pas clair si elle dispose encore de beaucoup de marges de manœuvre étant donné le déficit persistant de la balance des paiements. Toute nouvelle pression sur la monnaie pourrait entraîner une perte de confiance ainsi qu’une hausse des coûts d’importation et de production.
La performance du secteur agricole, qui est non seulement crucial à cause de son poids dans l’activité économique mais parce qu’il permet aussi de fournir les villes en denrées à des prix compétitifs, est difficile à prédire. Plusieurs facteurs pèsent sur sa performance : le coût des intrants par exemple, mais aussi la qualité du réseau de transport et de distribution. Le Nord-Est est le principal centre agricole du pays, or il va continuer à être affecté cette année par la guerre contre l’État islamique.
Une autre hypothèque est liée à l’accès aux ressources énergétiques. La très grande majorité des champs pétrolifères et gaziers est sous le contrôle de l’État islamique. Alors qu’il y a encore quelques semaines, certains espéraient une reprise de quelques champs, l’attaque de l’EI sur Palmyre et ses champs gaziers début décembre a rappelé la capacité de nuisance de cette organisation, qui a été confirmée par la destruction de la centrale gazière de Hayan début janvier.

Pas de reconstruction en vue, mais des opportunités

L’éventualité d’une amélioration de la conjoncture économique ne doit pas non plus donner d’illusions sur le lancement d’un plan de reconstruction global du pays. Comme nous l’avons précisé dans un article précédent (Le Commerce du Levant de juillet 2016), de très nombreux obstacles perdurent.
Le plus important d’entre eux est l’absence d’une solution politique globale qui permettrait une levée des sanctions, et un retour des investisseurs étrangers et syriens ; or le processus politique actuel est encore très fragile et n’offre pas encore de garanties sérieuses sur la fin réelle des combats qui pourraient encore reprendre – mi-janvier dans la vallée de Barada près de Damas ils n’avaient d’ailleurs toujours pas arrêté. Si le processus enclenché s’avérait solide et sérieux, par contre, un début de reconstruction serait envisageable à partir de 2018.
Par ailleurs, tout faible qu’il soit un regain d’activité offrira certaines opportunités pour ceux qui sont prêts à prendre le risque. Les secteurs de l’agroalimentaire et pharmaceutique, ainsi que la construction devraient en être les premiers bénéficiaires.
Quoi qu’il en soit, étant donné la situation calamiteuse de l’économie syrienne, toute stabilisation et reprise de l’économie seront les bienvenues pour la population dans son ensemble.

Le commerce du blé au cœur de la relation syro-russe

La Syrie souffre d’un déficit important de blé que seule Moscou semble en mesure de combler. Cette dépendance a une dimension politique non négligeable.

Avec une récolte qui est tombée à son niveau le plus bas depuis près de dix ans, le gouvernement syrien a importé cette année des quantités record de blé en provenance de Russie. À la mi-novembre, dans un rapport sur la situation du secteur agricole syrien, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a annoncé que la récolte de blé en 2016 était de 1,5 million de tonnes, soit son plus faible niveau depuis 10 ans.
Par rapport à 2015 (2,4 millions de tonnes), la chute est de 36 % et par rapport à la moyenne sur la dernière décennie (2,8 millions) elle est de 44 %.
La FAO attribue cette chute à plusieurs facteurs : la faiblesse des surfaces de culture, qui sont tombées en dessous d’un million d’hectares pour la première fois depuis au moins dix ans (958 000) ; le faible niveau des pluies dont dépend encore une bonne partie de la récolte ; les multiples conséquences du conflit armé, telles l’insécurité, la destruction des infrastructures, la fragmentation territoriale qui perturbe et désorganise les réseaux de distribution et de transport, l’extorsion pratiquée par les différents acteurs du conflit ; ainsi que les conséquences économiques de la guerre, telles la hausse des coûts des intrants due en partie à la perte de valeur de la livre syrienne, l’absence de prêts bancaires et la baisse des subventions.
Par ailleurs, à la fin de l’année dernière, au moment où les agriculteurs syriens commençaient à planter leurs semences, le gouvernement a annoncé une hausse modérée du prix d’achat garanti de la récolte, de 61 livres syriennes la tonne en 2015 à 70 livres pour cette année, soit à un niveau qui ne permettait pas de faire face à l’augmentation des coûts, ce qui a découragé de nombreux agriculteurs et les a orientés vers d’autres cultures. En mai, au moment de la récolte, le prix d’achat a été finalement augmenté au niveau des cours mondiaux, à 100 livres le kilo, trop tard cependant pour permettre un rattrapage.
En plus de la baisse de la production, les autorités syriennes n’arrivent à acheminer qu’une petite partie de la récolte, qui est située dans le nord-est du pays dans des zones sous le contrôle de différents groupes armés, y compris les Kurdes, l’État islamique et l’opposition, vers les zones sous son contrôle qui regroupent plus de deux tiers de la population et où la demande est donc la plus importante.
L’établissement général des céréales n’a ainsi acheté que 425 000 tonnes, soit environ 28 % de la récolte à cause des difficultés logistiques et de l’insécurité liées au transport à travers de longues routes contrôlées par différents groupes. Quand cet acheminement est possible il se fait d’ailleurs par l’entremise d’intermédiaires liés au régime. Ainsi, Samer Foz, un homme d’affaires de Lattaquié, est l’une des principales figures de ce commerce qui implique des transactions avec toutes sortes d’acteurs et de seigneurs de la guerre. Les conséquences de cette mauvaise récolte sont un recours plus important aux importations et une augmentation de l’aide humanitaire. Bien que l’exil de nombreux Syriens devrait théoriquement faire baisser la demande, celle-ci reste soutenue à cause de l’appauvrissement de la population qui oblige de nombreuses familles à substituer le pain à des aliments plus chers. Assurer une fourniture stable de blé et de farine aux populations sous leur contrôle est donc devenu une priorité pour les autorités ainsi que pour les organisations humanitaires. Le programme alimentaire mondial (PAM) s’est d’ailleurs engagé à fournir cette année 185 000 tonnes à titre humanitaire.

L’import moins cher que le local

Un enjeu important est celui du coût d’approvisionnement.
Selon les calculs de la FAO, le coût d’importation d’une tonne de blé est moins élevé que le coût d’achat du blé cultivé localement et de son acheminement du nord-est vers Damas et les autres centres urbains de l’ouest du pays.
Sur la base des prix mondiaux en cours au mois de juin – date à laquelle la FAO a fait ses calculs –, l’importation de Russie ou d’Ukraine, les deux fournisseurs traditionnels de la Syrie, coûterait environ 300 dollars la tonne, alors que l’achat et l’acheminement de blé de Hassaké vers Damas coûteraient 310 dollars.
Cette apparente curiosité est la conséquence de deux facteurs : un coût d’achat gouvernemental aligné sur les cours mondiaux afin d’encourager la production locale ; et surtout les “taxes” prélevées par les différents intermédiaires, y compris l’État islamique, pour faire transiter les convois. Il en coûte ainsi 52 dollars la tonne en “taxes” au gouvernement pour transporter le blé de Hassaké à Damas, ce qui est équivalent à 25 % du prix que touchent les agriculteurs (210 dollars).
D’un point de vue strictement comptable, il est donc plus intéressant d’importer que d’acheter localement.
Une autre donnée doit cependant être prise en compte, qui est le niveau de devises que la Banque centrale détient encore. D’après les estimations du FMI, les actifs détenus en devises par la banque ont baissé d’environ 21 milliards de dollars en 2010 à moins d’un milliard au début de cette année. De ce point de vue-là, il serait donc plus intéressant pour le gouvernement d’acheter localement, même à un prix légèrement supérieur, et de préserver ses actifs libellés en devises étrangères.
In fine, le choix du gouvernement se fait sur la base des facilités de paiement qu’il peut obtenir. Les autorités syriennes bénéficient en particulier d’un crédit d’un milliard de dollars octroyé l’année dernière par Téhéran pour financer ce type d’opérations. Début octobre, alors que le gouvernement s’apprêtait à finaliser un accord d’importation de Russie, des officiels à Moscou avaient un moment exprimé leurs doutes sur la capacité de Damas à financer le contrat avant qu’il soit finalement conclu.

La Russie, fournisseur stratégique

En juillet, le gouvernement a donc annoncé un appel d’offres pour l’importation d’un million de tonnes de blé en mettant comme condition qu’il soit acheté de Russie. Près de 16 entreprises russes y ont répondu. Mi-octobre, le contrat a été conclu à un prix de 165 dollars la tonne, bien en dessous des prix du marché – à la même période un accord était par exemple finalisé avec l’Égypte à un prix de 187 dollars la tonne. Clairement, la dimension politique des relations entre les deux pays a pesé sur les termes du contrat. Moscou a par ailleurs annoncé qu’elle allait fournir à titre d’aide humanitaire, et donc gratuitement, un volume additionnel de 100 000 tonnes.
En incluant deux autres accords conclus durant l’été, Damas aura acheté près de 1,45 million de tonnes à son allié depuis le début de l’été, soit la quasi-totalité de ses besoins d’importation. Les difficultés financières de Damas ainsi que sa dépendance vis-à-vis de Moscou pour ses approvisionnements soulignent ainsi la dimension politique du commerce de blé.

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Les chiffres trompeurs du budget syrien

Les chiffres officiels du budget syrien pour 2017 montrent une croissance significative des dépenses. La réalité, pourtant, est tout autre : on assiste à une chute massive qui aura des conséquences sur l’activité économique et la reconstruction.

D’après le projet de loi discuté début novembre à l’Assemblée du peuple (Parlement), les dépenses du budget syrien 2017 devraient être de 2 660 milliards de livres syriennes, en hausse annuelle de 34 %. Les dépenses d’investissement devraient augmenter de 33 %, passant de 510 à 678 milliards, alors que les dépenses courantes devraient atteindre 1 982 milliards, en augmentation de 35 % par rapport à cette année (1 470 milliards).

Un budget en chute libre

Derrière ces chiffres impressionnants la réalité est bien différente. En valeur réelle, c’est-à-dire en prenant en compte le taux d’inflation, on assiste en fait à une baisse assez significative des dépenses. En février, dernier mois pour lequel les données sont disponibles, le taux d’inflation en variation annuelle était de 44 %. Étant donné qu’il n’y a pas de raison particulière pour croire qu’elle va baisser dans les mois à venir – en juin, par exemple, le gouvernement a haussé le prix des produits pétroliers de plus de 33 % –, la hausse prévue des dépenses sera donc probablement nettement moins importante que celle du coût de la vie.
D’autre part, si on la mesure en dollars, la baisse des dépenses apparaît encore plus clairement.
Sur la base des taux de change utilisés pour les budgets 2015 (150 livres pour un dollar), 2016 (250 livres) et 2017 (470 livres), les dépenses chutent de 10,3 milliards de dollars en 2015 à 7,9 milliards cette année et 5,6 milliards de dollars l’année prochaine. En d’autres termes, le budget aura été quasiment divisé par deux en l’espace de deux ans.
Finalement, il faut signaler le décalage entre les chiffres que le gouvernement présente chaque année et les dépenses réelles.
Ce décalage, qui est difficile à mesurer précisément car les comptes des budgets 2012-2015 n’ont toujours pas été réglés et approuvés, a été reconnu par le ministre des Finances.
Maamoun Hamdan a dit aux membres de l’Assemblée que depuis plusieurs années, faute de recettes, les dépenses d’investissement étaient quasiment nulles et que les mêmes projets étaient reconduits d’une année à l’autre. En d’autres termes, la plupart des projets pour lesquels le gouvernement demande des crédits pour l’année prochaine étaient déjà prévus dans le budget de cette année et dans celui de l’année dernière. En 2017, l’investissement public, qui représente le quart du budget prévu, sera en réalité proche de zéro.

L’armée, la santé, l’éducation

Le budget consacré aux salaires de la fonction publique est particulièrement observé par les analystes car c’est quasiment le seul poste de dépenses qui est difficilement compressible.
Le coût des salaires devrait augmenter d’environ 16 % pour passer de 372 milliards cette année à 433 l’année prochaine. Mesuré en dollars, le poste des salaires est en baisse et devrait passer sous la barre du milliard de dollars pour la première fois depuis très longtemps. En 2015 et 2016, environ 2,1 et 1,5 milliards de dollars étaient respectivement affectés à ce poste.
Selon le ministère des Finances, l’augmentation de l’année prochaine est justifiée par le recrutement de 56 000 nouveaux fonctionnaires. Depuis des décennies, le gouvernement syrien recrute chaque année plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires, en grande partie pour contribuer à résorber le chômage – ils sont estimés à environ 1,5 million.
Durant les débats à l’Assemblée, certains députés ont demandé pourquoi de nouveaux fonctionnaires devraient être recrutés alors que beaucoup sont déjà sous-employés. D’autres ont rétorqué que les chiffres du gouvernement étaient trompeurs car en pratique les recrutements réels sont régulièrement très en dessous des objectifs fixés.
Il est à noter qu’aucune augmentation de salaire n’est prévue pour ceux déjà en poste – les salaires ne sont pas indexés à l’inflation en Syrie – et qu’au vu de l’augmentation des prix à la consommation, les fonctionnaires devront donc faire face, comme le reste des Syriens, à une nouvelle baisse de leur pouvoir d’achat.
Parmi les postes de dépenses les plus importants, on retrouve l’éducation à 272 milliards de livres et la santé à 187 milliards. Le ministère de l’Éducation emploie environ 311 000 personnes.
Les dépenses militaires n’ont pas encore été rendues publiques. En 2016, les ministères de la Défense et de l’Intérieur devaient bénéficier d’une dotation de 405 milliards de livres, soit environ 1,6 milliard de dollars. Ces chiffres ne rendent probablement pas compte de tous les montants dépensés sur l’effort de guerre.
Les subventions sont un autre poste important de dépenses. Le gouvernement prévoit d’y consacrer officiellement 423 milliards, un doublement par rapport à cette année. Le coût réel des subventions, qui a beaucoup baissé ces dernières années suite à la hausse des tarifs décidés par le gouvernement, est difficile à chiffrer car elles sont en partie couvertes directement par les entreprises publiques et sont donc extrabudgétaires.

Des recettes opaques

Les recettes prévues sont de 1 919 milliards de livres, en croissance annuelle de 41 %. Mesurées en dollars, elles devraient être de 4 milliards, en baisse de 25 % par rapport à cette année et de 38 % sur deux ans. Peu de détails sont disponibles, mais même quand ils le seront, il est peu probable qu’ils nous aident à mieux comprendre comment l’État se finance.
Pour le budget 2016 par exemple, sur les 1 359 milliards de livres de recettes prévues, 482 milliards étaient répertoriés comme « recettes diverses » sans aucune autre précision et 313 milliards devaient être générés par les entreprises publiques de production pétrolière – un chiffre totalement irréaliste étant donné que le gouvernement ne contrôle quasiment plus aucun champ pétrolier.
Certaines entreprises publiques devraient continuer à générer des recettes comme la téléphonie et le tabac, mais elles restent négligeables.
Les recettes fiscales (impôts directs et indirects) devraient être de 322 milliards alors qu’elles sont prévues à 253 milliards cette année. Là encore, mesurés en dollars, ces chiffres sont à la baisse, passant d’un milliard en 2016 à 685 millions de dollars l’année prochaine (-32 %).

Le déficit représente le quart du budget

Le gouvernement prévoit un déficit de 741 milliards de livres, soit 1,5 milliard de dollars, ce qui représente 27 % des dépenses. La conséquence de ce déficit est une augmentation de la dette. D’après le ministre de l’économie, Adib Mayaleh, celle-ci a été multipliée par onze depuis 2011.

Comment le gouvernement se finance-t-il ? Officiellement la dette interne, à travers la Banque centrale, couvre quasiment tous les déficits alors que la dette externe est négligeable. Pourtant il est établi que le gouvernement emprunte auprès de l’Iran pour financer ses importations, ce que le budget ne montre pas. Là encore, peu de détail transparaît, ce qui n’est pas surprenant au vu de la dimension politique et sécuritaire des relations syro-iraniennes.
Bien que difficile à utiliser à cause du manque de transparence et du décalage apparent entre les données officielles et la réalité, les chiffres du budget syrien confirment deux tendances importantes aux conséquences lourdes.
D’abord la contraction très rapide des dépenses publiques. L’État syrien est de loin l’acteur économique le plus important et toute contraction de ses dépenses a des conséquences négatives sur l’investissement et la consommation, et donc sur l’activité économique à venir.
D’autre part la persistance des déficits. L’accumulation de la dette nécessaire pour financer les déficits va peser sur tout effort de reconstruction et devra être remboursée par les générations syriennes futures.

 

 

 

 

 

 

Remarque: Cet article a été publié dans le numéro de décembre 2016 du Commerce du Levant

No End in Sight to Syria’s Economic Woes

Most estimates of the economic cost of the Syrian war point to a total bill of around $250 billion as at the end of 2015. This number includes both the direct costs of the destruction, that is, the amount it would cost to replace what has been destroyed, such as residential buildings, factories and their machinery, power plants, oil wells and other infrastructure, and indirect costs to account for what the Syrian economy has lost in terms of economic output.

Several more months, if not years, are expected to run before the war effectively ends, meaning that Syria is likely to face a final war bill well upward of $300 billion, which is equivalent to around six times the level of its gross domestic product (GDP) in 2010, the year that preceded the uprising.

Also, GDP has now fallen to around $27 billion,[1] from $55 billion in 2010.  The government has not published any macroeconomic data since 2011 and accurate figures are hard to find. In this blog, most figures come from three separate reports on the state of the Syrian economy published during year 2016 by the International Monetary Fund,[2] the Syrian Centre for Policy Research[3] and the United Nations Economic and Social Commission for Western Asia (ESCWA).[4]

Prior to the war, Syria had one of the most diverse economies in the Middle East region. Agriculture contributed to around 20 percent of economic output, as did energy and trade while a number of other sectors contributed between five to 15 percent including construction, finance, transport and manufacturing.[5] Tourism was also growing and represented an increasingly important source of foreign currency earnings, thus contributing to reducing the dependency on oil exports.

The structure of GDP has now changed. The destruction of most economic sectors has led to a relative increase in the share of both agriculture, which now contributes to around a quarter of total output, and government expenses.

While agriculture production also declined in the past five years, other sectors contracted more rapidly, which explains the rise in their share of GDP. The relatively growing size of agriculture carries risks, however, because the sector is rainfed; making it vulnerable to poor rainfall. A drop in agricultural output would further exacerbate rural-urban migration and increase the price of food products in local markets.

As to the public sector, it now employs around 50% of the Syrian workforce, up from around a quarter in 2010; which is the natural consequence of massive layoffs from businesses that have either shut down or downsized their operations. Still, salaries to civil servants are the only considerable expense item of the government outside military expenditure. According to the IMF, government investments, which represented up to a third of the budget in 2010, fell to a dismal $98 million last year, equivalent to 2.3% of the budget.

The destruction has also had a significant impact on the balance of payments and foreign currency reserves and increased the country’s need for foreign financing. The central bank’s holdings of foreign assets are down from $20 billion to less than $1 billion, while the balance of payments deficit is at $4.1 billion from a surplus of $3.3 billion in 2010.

The loss of state’s sovereignty over the east and northeast parts of the country also means it has no more access to resources produced in these areas. As a consequence, it is forced to import products it used to produce and export previously, such as oil, which is imported from Iran, and wheat, bought from Russia. The government is also forced to rely on Iranian loans to fund all these major imports.

Today, the main sources of foreign currency earnings are aid from the UN and other international humanitarian organisations, estimated at around $1 billion, and remittances from expatriates, many of whom left because of the war, at some $1.2 billion. Ironically then, two consequences of the war, humanitarian aid and expatriates, are contributing to the rare positive numbers in the Syria’s economy.

Last but not least are the social consequences of the war. Unemployment is estimated at a staggering 60% of the working force, while poverty is impacting more than 85% of the population. The significant rise in prices, partly a consequence of the devaluation of the Syrian pound has destroyed the purchasing power of the Syrian population. Since 2011, the dollar has seen its value multiplied by ten in the Syrian forex market, from 47 to around 540 pounds. The average salary, for the few who still have a job, is down from $200 to $60 today.

The picture of the near future doesn’t look any rosier. GDP is forecast to decline further by 6.5% and 5.0% this year and next.

Therefore, regardless of how we look at the developments in Syria, the picture is daunting. The only meaningful solution to stop the country’s collapse is to end the war, which is unlikely to happen anytime soon.


[1] Syria at War: Five Years On. United Nations Economic and Social Commission for Western Asia (ESCWA), [Online]. 2016. Available at https://www.unescwa.org/publications/syria-war-five-years

[2] Gobat, Jeanne. Kostial, Kristina. IMF Working Paper, Syria’s Conflict Economy. International Monetary Fund, [Online]. June 2016. Available at https://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2016/wp16123.pdf

[3] Syria Confronting Fragmentation, Impact of Syrian Crisis Report, Quarterly based report 2015. Syrian Center for Policy Research, [Online]. February 2016. Available at http://scpr-syria.org/publications/confronting-fragmentation/

[4] Syria at War: Five Years On.

[5] Statistical Abstract. Central Bureau of Statistics (Syria), [Online]. 2011. Available at http://www.cbssyr.sy/yearbook.htm

This article was first published in the Arab Development Portal