Syria Liberalises its Oil Sector as its State Weakens and Regime Cronies Profit

The increasing difficulties faced by the Syrian government to import and subsidize oil products is leading to a rapid liberalization of this sector and to the end of the state monopoly that dates back to the arrival to power of the Baath Party in the 1960s.

Three and a half years after the beginning of the uprising, the challenges faced by the government in the oil industry include: low budget revenues; the devaluation of the Syrian pound relative to the dollar, which increases the cost of imports and the differential between the buying and selling prices of subsidised oil products; Western sanctions on the transport of petroleum products to Syria; and the end of the Iranian credit line that funded most oil imports in the last year.

As a consequence, since the beginning of October, the government has taken several measures to liberalize the oil sector.

In early October, it allowed the private sector to import and distribute mazout and fuel on the condition that they were sold exclusively to industrialists. Until then, the import of these products was the monopoly of Mahrukat, a company affiliated to the Ministry of Petroleum. The decision was justified by the need to ensure a regular supply of oil products to the industrial sector in order to end production stoppages in many factories.

Then, later that month, the government raised the price of these two products to their levels in world markets, ending, in practice, subsidies for the industrial sector – subsidies for households and other business sectors remained.

With the increase of prices and the authorization granted to the private sector to import, the oil market for the industrial sector is now almost completely liberalized. “Almost” because some restrictions remain. Before importing, traders need to obtain licenses from the Central Bank of Syria, from Mahrukat and from the directorate of industry in the governorate where they are based. These licenses are a means of selecting traders that will be allowed to import and, therefore, to favour regime cronies.

Then, in late November, Al-Watan, a well-connected daily, said that the Government was encouraging private investors to import crude oil, to refine it in one of the country’s two refineries of Banias or Homs and to sell it back in the local market or for export. It is not yet clear how the prices would be set or if the oil could only be sold to industrialists. The government would be paid by these investors either in cash or through the supply of some of the refined products.

Given the cost and the logistics required for this type of operations, only investors close to the regime, who can receive guarantees from the government that they will not face bureaucratic and other obstacles might be interested.

Although the Government retains a very important role in the oil industry, its growing reliance on the private sector is a reflection of the weakening of the Syrian State. For decades, control over the energy sector was perceived as a guarantee of national independence, as a means to encourage the development of a powerful industrial sector, and, through subsidies, as part of a policy to ensure social justice.

All of this is now crumbling, bit by bit, as the State relies more and more on regime cronies to support it.

Note: This article appeared first in December 2014 in The Syrian Observer

L’État syrien libéralise graduellement son secteur pétrolier

Depuis octobre, le gouvernement syrien a annoncé plusieurs mesures qui visent à réduire son investissement dans le secteur pétrolier et à renforcer celui du secteur privé. Cette libéralisation, qui va de la réduction des subventions aux produits pétroliers à l’ouverture de nombreuses activités réservées par le passé au secteur public, est une tentative de réponse des autorités aux pénuries croissantes de produits pétroliers sur le marché local qui s’accentuent avec le début de l’hiver.
Avant le début du soulèvement populaire de mars 2011, l’État syrien contrôlait presque entièrement la filière pétrolière qu’il considérait comme stratégique, de l’achat, y compris l’importation, à la distribution, en passant par l’exploration-production et le raffinage. Le secteur privé, sous la forme d’entreprises étrangères, était présent dans l’exploration-production, mais uniquement en partenariat avec le secteur public alors qu’en aval on ne le retrouvait qu’au bout de la chaîne de distribution, dans la gestion de stations-service.
La libéralisation générale de l’économie qui avait débuté en 2000 avait aussi commencé à toucher ce secteur et des investisseurs privés avaient, par exemple, été approchés pour la construction de raffineries ; par ailleurs une baisse graduelle des subventions sur les prix pétroliers avait débuté.
Le soulèvement de 2011 a cependant entravé ces évolutions, la fuite des investisseurs ayant remis au tiroir les projets de raffinerie alors que les subventions étaient augmentées à nouveau dans l’espoir d’apaiser la population.
Trois ans et demi plus tard, le gouvernement fait face à de nombreux défis : la baisse des recettes budgétaires rend le financement des subventions de plus en plus difficile ; la dévaluation de la livre syrienne par rapport aux principales devises, et en particulier le dollar, renchérit le coût des importations et augmente le différentiel entre le prix d’achat et de vente du mazout ; les sanctions occidentales sur le transport de produits pétroliers à destination de Syrie ainsi que sur de nombreuses entreprises publiques syriennes empêchent la conclusion de contrats d’importations ; finalement, le gouvernement semble avoir échoué à obtenir le prolongement du financement de ses importations pétrolières par son allié iranien.

Une série de mesures qui ouvrent la porte au privé

En conséquence, en l’espace de quelques semaines, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures qui favorisent une implication plus grande du secteur privé dans le secteur pétrolier avec l’espoir qu’il contribuera à l’alléger d’une partie de ses responsabilités et à réduire les pénuries.
Début octobre, le gouvernement a autorisé le secteur privé à importer et distribuer sur le marché local le mazout et le fioul, à la condition que ces produits soient exclusivement destinés aux industriels (voir Le Commerce du Levant de novembre 2014). Jusque-là, l’importation de ces deux produits était le monopole de Mahrukat, une entité publique affiliée au ministère du Pétrole et des Ressources minières. La décision était justifiée par la nécessité d’assurer un approvisionnement continu au secteur industriel dans le but de mettre fin aux arrêts de production. Puis, le 20 octobre, le gouvernement a décidé d’aligner le prix de ces deux produits sur ceux du marché mondial, mettant fin, en pratique, aux subventions dont bénéficiait le secteur industriel – les prix aux particuliers restant inchangés. Le ministre du Pétrole a annoncé que le prix de ces produits serait fixé toutes les semaines sur la base de ceux affichés par Platts, un fournisseur de données sur le secteur de l’énergie dont les prix servent de référence sur le marché.
Déjà, début octobre, le gouvernement avait annoncé la hausse du prix de l’essence et du mazout distribués aux particuliers même si le prix de vente de ce dernier, qui représente le principal poids des subventions pour l’État, restait largement en dessous de son coût.
Avec la libéralisation des prix et l’autorisation accordée au secteur privé d’importer directement, le marché pétrolier destiné au secteur industriel est donc presque entièrement libéralisé. Presque, car certaines restrictions demeurent. Ainsi, avant de pouvoir importer, les traders doivent obtenir plusieurs autorisations : une de la Banque centrale, une autre de la société Mahrukat et une troisième du directorat de l’industrie du gouvernorat où sont basés les importateurs. Des “autorisations” qui sont autant de moyens de sélectionner les bénéficiaires de cette mesure et donc de favoriser les proches du pouvoir. Fin novembre, le gouvernement planchait sur un nouveau projet qui consisterait à encourager le secteur privé à tirer profit des capacités de production inutilisées des deux raffineries publiques de Homs et de Banias. Les traders seraient encouragés à importer du brut, à le raffiner, puis à le vendre sur le marché local ou à l’export. Il n’est pas encore clair comment les prix seraient fixés ni si la vente serait là encore restreinte au secteur industriel.
Selon le quotidien al-Watan, qui est très bien introduit auprès des autorités, en échange de son service, le gouvernement se ferait payer soit en liquide, soit en nature sous la forme de livraison d’une partie des produits raffinés. Il est encore tôt pour savoir si cet appel du pied aux investisseurs trouvera preneur, car le coût et la logistique requis pour de telles opérations risquent d’en effrayer plus d’un. Là encore, les proches du régime, qui sont les seuls à pouvoir obtenir du gouvernement les garanties nécessaires à la conduite sans entraves de telles opérations, pourraient être intéressés.

Un sentiment d’urgence grandissant

En tout cas, l’urgence se fait tous les jours plus pressante. Avec l’arrivée de l’hiver et la demande croissante de mazout, les signes de pénuries augmentent à Damas et des rumeurs se multiplient sur la fin des subventions du prix du mazout, qui aurait des conséquences dramatiques sur le pouvoir d’achat des Syriens.
Cette politique de libéralisation ne va pas aller sans de nombreux problèmes. Il y a un risque de création d’un marché noir entre produits destinés aux industriels et ceux destinés au reste de la population. L’augmentation générale des prix que va entraîner l’inflation des prix des produits pétroliers est un autre problème. Trois ans et demi de troubles et de guerre ont déjà porté un coût fatal au pouvoir d’achat de la population, dont 90 % risquent de se retrouver sous le seuil de pauvreté fin 2015, selon l’Escwa.
« Pour le moment, le gouvernement continue à jouer un rôle important dans le secteur, à la fois en tant que fournisseur de produits raffinés et en tant que régulateur du secteur. » Début décembre, en réponse au mécontentement grandissant face aux pénuries, le Premier ministre annonçait ainsi que de nouvelles livraisons de produits pétroliers étaient en route à destination des ports syriens. Les évolutions de ces dernières semaines confirment cependant l’affaiblissement de l’État central syrien, son incapacité grandissante à fournir à la population des services qu’elle considérait comme acquis, et le renforcement probable du rôle, et de l’enrichissement, des pontes du régime.

Des importations en hausse

Avant le début du soulèvement en mars 2011, le secteur pétrolier se caractérisait par une production relativement modeste de 380 000 barils par jour, mais suffisante pour couvrir la majorité des besoins du pays. La balance commerciale pétrolière était légèrement défavorable, les importations de produits raffinés étant légèrement supérieures aux exportations. Les sanctions pétrolières occidentales à l’automne 2011 ont mis fin aux exportations qui se portaient à environ 150 000 barils par jour. Au printemps 2013, la prise de contrôle par le Front al-Nosra, puis par l’État islamique, des principaux champs pétrolifères situés autour de la ville de Deir ez-Zor, a forcé le gouvernement à recourir aux importations. En août 2013, Téhéran avait accordé à son allié syrien une ligne de crédit de 3,6 milliards de dollars destinée uniquement à leur financement. Selon les officiels syriens, le coût des importations se montait à environ 400 millions de dollars par mois et à ce rythme la ligne de crédit aurait donc été épuisée. Durant les neuf premiers mois de cette année, les importations de brut se situaient à environ 124 000 barils par jour.

Remarque: Cet article a été publié en janvier 2015 dans Le Commerce du Levant

L’économie du littoral syrien se porte mieux

Tartous-662208-01-08-AFP-Juillet-2014Plusieurs indicateurs témoignent d’un regain d’activité économique dans la région côtière syrienne, largement acquise au régime de Bachar el-Assad. S’il se confirme, ce rebond serait le premier à toucher une partie de la Syrie depuis le début du soulèvement en 2011.

Une croissance à double chiffre des investissements

Selon des chiffres fournis par le gouvernorat de Tartous, l’un des deux gouvernorats du littoral avec celui de Lattaquié, le nombre d’entreprises créées en 2013 aurait augmenté de 54 % en rythme annuel, passant de 326 entreprises en 2012 à 501 l’année dernière. Cette tendance se confirmait au début de cette année. Ainsi, durant les quatre premiers mois de 2014, selon le gouvernorat de Tartous les nouvelles entreprises sont en augmentation de 77 % par rapport à la même période de l’année dernière, passant de 170 à 301 entreprises.
On n’a pas de données équivalentes pour le gouvernorat de Lattaquié, mais la même tendance est confirmée par les acteurs locaux.
La plupart des nouveaux établissements opèrent dans le secteur du commerce, en particulier de détail. Au-delà de ce secteur, l’industrie légère, en particulier l’agroalimentaire et la pharmacologie, attire également les investisseurs.
Les investissements lourds restent relativement limités selon les chiffres de l’Agence syrienne chargée d’attribuer des licences aux investissements industriels importants : durant le premier trimestre, deux projets seulement ont obtenu son feu vert à Tartous et un à Lattaquié. Ce regain d’activité marque une inversion de la courbe pour cette région.
L’économie du littoral syrien est traditionnellement fondée sur plusieurs secteurs : les ports de Lattaquié et de Tartous ; les récoltes d’agrumes et de tabac ; l’industrie légère ; le tourisme ; et la raffinerie de pétrole de Banias qui est la troisième plus grande ville de la côte.

Les déplacés jouent un rôle-clé

Comme le reste du pays, l’économie du littoral a été sérieusement affectée par le soulèvement populaire et la guerre avec une baisse drastique des investissements et de la consommation, et une hausse de l’inflation et du chômage.
Les violences se sont traduites dès l’été 2012 par un afflux de réfugiés vers les régions côtières, en particulier en provenance des gouvernorats d’Alep, d’Idlib et de Homs. Cette population joue aujourd’hui un rôle-clé dans la croissance des investissements dans la région.
Dans une première étape, ces déplacés ont permis de tirer la demande pour les produits et les services. Les plus pauvres d’entre eux, qui constituent la majorité des arrivants, ont bénéficié de l’aide humanitaire, ce qui a eu aussi pour effet d’augmenter la demande de produits de première nécessité.
Les membres de la classe moyenne alépine, quant à eux, ont rempli les cafés et restaurants de Lattaquié. Deux ans après leur arrivée, ils délaissent maintenant la location et s’orientent vers l’achat d’appartements.
Quant aux investisseurs, après avoir joué l’attente plusieurs mois avec l’espoir de rentrer rapidement chez eux, beaucoup se sont maintenant résignés à rester dans leur région d’accueil et à y investir leur épargne.

Plusieurs avantages comparatifs

En plus de cet afflux de réfugiés et d’investisseurs, la zone côtière possède de nombreux avantages par rapport à d’autres régions de Syrie.
Le premier est celui de la sécurité, la région étant la moins affectée par la guerre touchant le pays. Cette stabilité, qui dure depuis maintenant trois ans, donne des perspectives à moyen terme aux investisseurs qu’ils ne peuvent avoir dans d’autres régions.
L’absence de concurrence est un autre avantage. La guerre a détruit de nombreuses entreprises à travers tout le pays, créant une baisse de l’offre qui n’est que partiellement comblée par les importations. La baisse de la livre syrienne par rapport au dollar fournit d’ailleurs un avantage de prix non négligeable aux producteurs locaux par rapport aux importateurs ; elle leur offre aussi une compétitivité à l’export dont pour l’instant peu tirent profit.
Quant à l’abondance de la main-d’œuvre au chômage, elle entraîne une pression à la baisse des salaires qui renforce les marges.
Enfin, il ne faut pas négliger l’attention particulière accordée par le gouvernement à la zone côtière. En mai, le gouvernement a annoncé l’établissement de deux zones industrielles près de la ville de Lattaquié. Auparavant, de nombreux projets avaient été annoncés, de la création de plusieurs facultés universitaires à celui d’un centre de tri et de stockage de tabac.
Ces annonces semblent d’abord répondre à un besoin d’afficher un soutien à une population qui continue de fournir de nombreux hommes pour combattre, et mourir, pour le régime.

Une croissance qui ne cache pas de nombreuses difficultés

Cette croissance des investissements ne doit pas cacher les nombreuses difficultés auxquelles fait face la zone.
Bien qu’elle soit élevée sur une base annuelle, la croissance des investissements fait suite à une baisse drastique les années précédentes ; en d’autres termes cette hausse se fait relativement à un niveau qui était très bas.
Les obstacles auxquels sont confrontés les investisseurs sont également nombreux.
Malgré sa stabilité, la région n’est pas à l’abri de soubresauts, les combats ayant touché au printemps 2014 la ville de Kassab, située à seulement quelques kilomètres de Lattaquié, en témoignent.
Par ailleurs les projets annoncés par l’État rentrent pour l’instant principalement dans le cadre de la propagande, peu d’entre eux ayant démarré ; le manque de ressources du gouvernement rend peu probables des investissements significatifs de sa part sur le court et moyen terme.
Les entrepreneurs souffrent également des maux qui touchent leurs pairs dans d’autres parties du pays.
L’instabilité de l’environnement macroéconomique et législatif en est un, la Syrie étant par ailleurs soumise à de sévères sanctions occidentales. L’appauvrissement général de la population et la très forte baisse du pouvoir d’achat en est un autre. Les Syriens vivant sous le seuil de pauvreté a dépassé les 50 % alors que le chômage touche, lui aussi, environ la moitié de la population active.
Par ailleurs, les entreprises doivent faire face aux coupures d’électricité incessantes, à l’irrégularité de l’approvisionnement des intrants ainsi qu’à leurs coûts élevés. La distribution des produits subit des aléas similaires.

Quelles conséquences politiques ?

La zone côtière a évidemment la particularité d’être le berceau de la famille Assad et de la communauté alaouite. Par conséquent, le retour des investissements observés ne manque pas d’alimenter les spéculations sur les possibilités d’autonomisation politique de cette région à terme.
Deux facteurs importants entravent une telle éventualité.
Le premier tient à la dépendance de la zone côtière envers l’État central syrien. Ce dernier reste le plus grand employeur de la zone, que ce soit dans l’armée et les services de sécurité qui recrutent de manière disproportionnée des jeunes hommes de la communauté alaouite, ou dans l’administration civile vers laquelle beaucoup de jeunes alaouites se sont aussi orientés.
Plutôt que le résultat d’une politique volontariste de l’État, le grand nombre d’alaouites dans le secteur public civil est aussi la conséquence de la pauvreté et du manque de capital financier de cette communauté qui n’avait pas l’option de travailler dans le commerce. Jusqu’à aujourd’hui les principaux hommes d’affaires de la ville de Lattaquié sont d’ailleurs des sunnites, bien qu’ils doivent aujourd’hui s’associer à des proches du régime pour faciliter leurs affaires.
Le changement démographique qui a affecté la zone est l’autre obstacle à son autonomie. Les réfugiés arrivant de l’intérieur syrien, y compris ces nouveaux investisseurs, sont en très grande majorité des sunnites qui s’ajoutent aux communautés sunnites relativement importantes des villes côtières. Au-delà de leur affiliation communautaire, ces nouveaux arrivants gardent des liens très forts avec leurs villes et villages d’origine.
La guerre syrienne a, dans un certain sens, renforcé, et non affaibli, les liens entre le littoral syrien et le reste du pays.

 

Remarque: Cet article a été publié en août 2014 dans Le Commerce du Levant