Le pétrole de Daech dans la ligne de mire des États-Unis

En 2010, la Syrie produisait environ 380 000 barils de pétrole brut et 24 millions de mètres cubes de gaz par jour.

La production pétrolière était concentrée dans deux régions, l’une autour de la ville de Deir ez-Zor, où les compagnies étrangères les plus importantes, telles Shell et Total, opéraient et d’où environ un tiers du pétrole était extrait, et l’autre plus au nord, autour des villes de Hassaké et Qamishli, d’où était extrait le pétrole lourd syrien principalement par la société publique Syrian Petroleum Company et de plus petits opérateurs étrangers.
Au printemps 2013, des groupes armés rebelles divers ainsi que le Front al-Nosra qui est affilié à el-Qaëda se sont emparés d’une partie de la ville de Deir ez-Zor et de ses alentours, y compris de nombreux champs pétrolifères. Pendant plusieurs mois le contrôle de ces champs a été partagé par ces groupes mais aussi par des tribus locales dont les motivations étaient autant, si ce n’est plus, liées à l’appât du gain que représentait le contrôle des champs pétrolifères qu’à la lutte contre le régime syrien.
De manière logique, de nombreux conflits s’en sont suivis créant une lutte entre tous les groupes pour l’accaparement de cette ressource.
Dans la région du Nord-Est, autour de Hassaké et de Qamishli, le transfert s’est effectué de manière plus douce et graduelle entre le régime et les forces kurdes du PYD. C’est maintenant ce dernier qui gère les champs pétrolifères de la région, en coordination plus ou moins étroite avec Damas.

La mainmise de l’État islamique

À la suite d’âpres batailles, l’État islamique a graduellement développé son emprise sur toute la région de Deir ez-Zor, évinçant d’abord son principal rival, le Front al-Nosra, puis les groupes rebelles formellement affiliés à l’Armée syrienne libre (ALS) et enfin les différentes tribus. Depuis la mi-2014, l’EI contrôle tous les champs pétrolifères de la région, de la frontière irakienne jusqu’à la ville de Raqqa.
Depuis lors, les estimations sur les niveaux de production de ces champs contrôlés par l’État islamique varient selon les analystes même si le chiffre de 40 000 barils/jour est repris le plus souvent – en 2010 la région de Deir ez-Zor produisait environ 130 000 barils/jour.
Une étude publiée cet été par un média syrien spécialisé sur la région donne une estimation plus élevée sur la production actuelle, environ 56 000 barils/jour. Cette étude détaillée fournit des chiffres pour chacun des principaux champs pétrolifères. Ainsi, de Omar et des différents champs associés l’EI extrairait environ 19 000 b/j, alors que Tanak et ses champs associés produiraient environ 22 700 b/j. Avant les sanctions internationales imposées à la fin 2011, ces champs étaient gérés par la société anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell qui en extrayait près de 100 000 b/j – en 1996, lors de leur pic de production, durant le court boom pétrolier syrien des années 1990, c’était 400 000 b/j qui en sortaient.
En plus des champs pétrolifères, l’EI gère également des champs gaziers et des usines de traitement de gaz dont l’importante centrale DEZGAS, aussi appelée par les Syriens Conoco du nom de l’entreprise américaine qui l’a construite.
Les différentes installations pétrolières de la région continuent d’être gérées par le personnel syrien de la Syrian Petroleum Company et de ses joint-ventures avec les entreprises internationales. Payés pour certains par le gouvernement syrien qui justifie son geste par la nécessité de préserver les installations, ces employés sont souvent originaires de la région.

La commercialisation et la distribution du pétrole

La commercialisation du pétrole de l’EI est source de tous les débats et polémiques, chacun des camps du conflit syrien et de ses parrains régionaux et internationaux accusant les autres parties de tirer bénéfice de leurs liens avec l’organisation takfiriste.
Ce débat a pris plus d’ampleur après que l’armée de l’air turque a abattu un chasseur russe, Moscou accusant la Turquie de tirer bénéfice de ce commerce, ce à quoi Ankara a répondu en accusant un homme d’affaires à la double nationalité syrienne et russe, George Haswani, d’être un intermédiaire entre l’EI et le gouvernement syrien. En décembre, M. Haswani a été placé sur une liste noire américaine pour son rôle présumé d’intermédiaire entre le gouvernement et l’EI – l’Union européenne avait placé M. Haswani sur sa liste noire dès mars 2015.
Sur la base des informations disponibles auprès des sources les plus sérieuses, l’État islamique vend son pétrole à des intermédiaires et des commerçants qui l’achètent directement des champs d’où le pétrole est extrait, le transportent avec des camions-citernes et le revendent sur divers marchés, à l’intérieur des régions tenues par l’EI, c’est-à-dire l’est syrien, en Irak, dans les régions du Nord contrôlées par l’opposition et, moins souvent, dans les régions contrôlées par le régime ainsi qu’en Turquie. À partir du moment où le pétrole est livré à ces commerçants, l’EI ne semble plus impliqué dans la distribution du pétrole.
Il n’est donc pas établi que l’EI a un accord formel avec les autorités syriennes pour la vente de pétrole brut même s’il apparaît peu probable que celles-ci ne connaissent pas l’origine du pétrole qui arrive dans leurs régions à partir de Deir ez-Zor. Le gouvernement turc ne semble pas non plus impliqué directement dans ce commerce.
C’est dans le secteur gazier que la coopération entre les autorités syriennes et l’EI semble plus tangible. Le ministre du Pétrole syrien, Solaiman al-Abbas, n’a ainsi pas hésité à admettre lors d’une conférence de presse que la récente augmentation du rationnement électrique à Damas était due à l’arrêt de la production dans l’usine de gaz de DEZGAS qui est pourtant sous contrôle de l’EI. M. Abbas avait aussi ajouté que l’une des priorités de son ministère était de continuer à assurer la sécurité de l’oléoduc qui transportait du pétrole de la région de Hassaké, sous contrôle du PYD kurde, jusqu’à la raffinerie de Homs. Cet oléoduc traverse des régions entièrement sous contrôle de l’État islamique.
Le prix du baril de brut vendu par l’EI varie sur la base de plusieurs facteurs tels la qualité du brut ou les prix mondiaux. En octobre 2015, le baril se vendait entre 15 et 40 dollars – sur les marchés mondiaux il s’échangeait à environ 50 dollars à la même période.
En termes de revenus, l’EI empocherait environ 1,5 million de dollars par jour de ses ventes de pétrole, soit 45 millions de dollars par mois et 540 millions par an.

Les attaques changent la donne

Depuis la mi-novembre la coalition internationale dirigée par les États-Unis a intensifié ses attaques contre les installations pétrolières contrôlées par l’EI. Jusque-là, les attaques n’avaient visé qu’une faible partie de ces infrastructures afin de ne pas les endommager sur le long terme, mais les Américains disent maintenant que l’objectif est de détruire huit champs pétrolifères en particulier, dont Omar et Tanak, ainsi que deux tiers des raffineries afin d’assécher les finances de l’EI. Par ailleurs des dizaines de camions-citernes ont été visés y compris, plus récemment, par l’aviation russe.
L’une des conséquences de ces attaques va sans aucun doute être une baisse drastique des revenus de l’organisation takfirie. Cependant, elles vont également créer des victimes collatérales : la population et l’économie syriennes.
À court terme, l’approvisionnement de produits pétroliers sur le marché va être perturbé, entraînant une pénurie, une hausse des prix des produits pétroliers et donc du coût des transports, ce qui va tirer l’inflation vers le haut. À long terme, la destruction de ces installations va paralyser l’industrie pétrolière à Deir ez-Zor et mettre en danger l’une des principales sources d’activité économique du pays, ainsi que les recettes fiscales et en devises pour tout futur gouvernement syrien.
Les responsables américains cités par la presse de leur pays affirment qu’ils veulent éviter d’endommager ces actifs à un point où ils ne seront plus susceptibles d’être utilisés à l’avenir. Il est cependant difficile à juger du degré de précision des frappes et il est probable que si la destruction des capacités de production de pétrole de l’EI venait à être confirmée, la Syrie perdrait pour longtemps l’une des principales sources de richesse de son économie.

Remarque: Cet article a été publié dans le numéro de janvier 2016 du Commerce du Levant

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Lourd impact socio-économique des frappes aériennes contre l’EI en Syrie

Frappes-americaines-Kobane-Syrie-AFP-Oct-2014Les frappes aériennes contre l’État islamique (EI) ont commencé à avoir des répercussions économiques sur d’importants segments de la population syrienne. Quelques jours seulement après le début des raids aériens sur les positions syriennes du mouvement jihadiste, la coalition dirigée par les États-Unis et soutenue par plusieurs États de la région a annoncé avoir détruit la majorité des raffineries contrôlées par l’organisation dans l’est syrien.

Un impact mitigé sur les finances de l’EI

Les raffineries en question ne sont pas des complexes industriels en bonne et due forme – il y en a deux en Syrie dans des régions fermement sous le contrôle du gouvernement –, mais des raffineries de fortune qui purifient du pétrole extrait des différents champs contrôlés par l’EI autour de la ville de Deir ez-Zor. Leur production se montait à environ 50 000 barils par jour selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), un organisme basé à Londres (voir Le Commerce du Levant de juillet 2014).
L’objectif des États-Unis est clair : détruire les capacités de raffinage de l’EI c’est mettre fin à l’une des sources principales de revenus de l’organisation. En plus des raffineries, les attaques aériennes ont touché un marché de commerce et de distribution de pétrole situé près de Manbij, au nord-est d’Alep, ainsi que l’usine Dezgas de traitement de gaz naturel basée près de Deir ez-Zor et gérée, avant le début du soulèvement, par la société Total. Toutefois l’usine ne semble pas avoir été endommagée de manière significative.
Alors qu’il est probable que les finances de l’EI vont souffrir de la destruction des raffineries, il n’est pas certain que l’impact soit aussi important que ne l’espère Washington. Contrairement aux raffineries, la plupart des champs pétrolifères n’ont pas été touchés et l’organisation islamique a toujours les moyens de vendre le pétrole sous forme brute. Par ailleurs, l’EI a plusieurs autres sources de revenus, y compris les taxes imposées sur les commerçants et les habitants des régions sous son contrôle, les taxes de passages et de transport, les rançons, etc.

La population du Nord-Est souffre

En revanche, il est établi que la population du Nord-Est souffre déjà des conséquences des frappes qui ont réduit de manière significative l’approvisionnement en produits pétroliers dans les zones du Nord et du Nord-Est.
Les raffineries étaient utilisées pour produire, entre autres, du mazout, qui est le principal moyen de chauffage de la population ; avec l’approche de l’hiver et donc l’augmentation de la demande, il est probable que son prix va augmenter et que la population aura du mal à se chauffer correctement. Le mazout est également utilisé par les agriculteurs pour faire fonctionner leurs tracteurs, pompes à eau et diverses autres machines. La pénurie de ce produit aura donc un impact négatif sur la prochaine campagne agricole, et impactera à la fois les revenus des agriculteurs et le portefeuille des consommateurs à travers l’augmentation du prix des produits agricoles. Enfin, la pénurie de produits pétroliers va pousser le prix des transports à la hausse et, en conséquent, le prix de quasiment tous les produits distribués. À Alep, Deir ez-Zor et d’autres villes du Nord et du Nord-Est, on rapporte que les prix du diesel, du mazout et du fioul ont déjà augmenté de près de 50 % et que des pénuries de ces produits sont observées.
Le prix des légumes et des fruits a également augmenté, en particulier dans les plus petites villes qui subissent de manière plus prononcée la hausse des coûts de transport. Le prix de l’électricité, fournie de plus en plus fréquemment par des générateurs électriques qui consomment du mazout, a également augmenté. De manière assez inexplicable, et jusque-là inexpliquée par les États-Unis, les frappes ont aussi visé des moulins à blé situés près de Manbij qui fournissent suffisamment de farine pour nourrir quotidiennement près d’un million de Syriens (voir Le Commerce du Levant d’avril 2014).
Des pénuries de farine et de pain n’ont pas encore été rapportées, mais les conséquences ne vont probablement pas manquer de se faire sentir dans une région où les conditions économiques et sociales sont déjà très faibles et les activités productives quasiment inexistantes. Depuis trois ans et demi, la pauvreté croissante de la population, l’inflation et la récolte agricole médiocre ont entraîné une hausse de la consommation de pain qui est devenu plus que jamais l’aliment de base de la population. Si aucune alternative pour approvisionner la population en farine et en pain n’est trouvée, la destruction des moulins de Manbij est susceptible d’avoir un impact humanitaire important dans tout le nord-est syrien.

Les approvisionnements du régime affectés

Dans la semaine qui a suivi les frappes, le gouvernement syrien a annoncé deux mesures ayant trait à la distribution de produits pétroliers. La première est l’augmentation de 33 % du prix de mazout et de 17 % du prix de l’essence ; la seconde autorise pour la première fois depuis des décennies le secteur privé à importer et distribuer localement le mazout et le fioul, à la condition que ces produits soient exclusivement destinés aux industriels.
Il se peut que ce ne soit qu’une coïncidence, mais le moment choisi par le gouvernement pour annoncer ces mesures a de quoi surprendre et ne va pas manquer de relancer la spéculation sur les liens commerciaux entre le régime syrien et l’EI. L’annonce a été faite deux jours avant le début de la fête de l’Adha, la principale fête religieuse musulmane, une période durant laquelle le gouvernement cherche d’habitude à apaiser sa population, et seulement quelques jours après le début des frappes aériennes qui ont visé les raffineries.
La hausse des prix du mazout et de l’essence ne manquera en tout cas pas d’avoir un impact inflationniste dans les régions sous contrôle du régime qui restent mieux loties que les zones détenues par l’opposition, mais qui souffrent aussi d’un chômage galopant et d’un pouvoir d’achat en baisse. Le gouvernement n’a d’ailleurs pas tardé à confirmer ses craintes. Le 11 octobre, il annonçait une hausse des tarifs de transport de 25 à 33 % selon les destinations.
Bien qu’il soit difficile de prouver de manière formelle les liens entre l’EI et les autorités syriennes, il est clair que malgré les frontières qui se sont établies entre les différentes zones de contrôle à l’intérieur du territoire syrien (régime, opposition, kurdes, EI) le transport et l’échange de produits et services restent relativement fluides.
De nombreux exemples de troc entre régime et opposition ont déjà été rapportés – par exemple, l’année dernière, dans la région d’Idleb, la vente de blé par des brigades de l’opposition en échange de farine fournie par des brigades de l’armée – et la même tendance peut être observée sur le marché des changes où la livre syrienne a bénéficié de l’aide internationale en devises reçue dans les régions de l’opposition pour soutenir sa valeur vis-à-vis du dollar.
De la même manière, les marchés des produits pétroliers dans les régions du régime et de l’EI sont relativement dépendants l’un de l’autre, ce que les frappes semblent avoir mis en lumière.
Les frappes aériennes de la coalition internationale ont en tout cas rappelé à tous les observateurs que dans les régions sous contrôle de l’EI de nombreux civils continuaient à vivre et que les conséquences de ces frappes devaient aussi être mesurées à l’aune de leur impact sur une population exténuée et appauvrie, trois ans et demi après le début du soulèvement populaire syrien.

Remarque: Cet article a été publié en novembre 2014 dans Le Commerce du Levant

L’inefficace décision européenne d’acheter du pétrole à l’opposition syrienne

Deux ans après le début du soulèvement, la situation du secteur pétrolier syrien est des plus confuses. Les grandes compagnies internationales ont quitté le pays, les sociétés locales du secteur sont sous sanctions occidentales, les champs pétroliers et les oléoducs sont sous le contrôle de différents groupes armés – des plus radicalement opposés au régime à ceux qui le soutiennent –, alors que la destruction des infrastructures endommage sérieusement l’environnement et hypothèque la pérennité des champs.
Bien que de taille relativement modeste en comparaison avec les autres pays de la région, l’industrie pétrolière syrienne continuait d’assurer, avant le début du soulèvement, une part significative des recettes budgétaires mais aussi des recettes en devises du gouvernement. La montée des prix du brut ces dernières années avait porté en 2010 la part des exportations de brut à plus de 40 % du total des exportations syriennes.
Ce n’est donc pas sans raison que l’Union européenne et les États-Unis ont décidé en septembre 2011 d’interdire tout achat de brut en provenance de Syrie, une mesure qui prenait d’autant plus d’importance que l’Union européenne achetait à elle seule plus de 90 % du pétrole syrien exporté.

Un secteur pétrolier bouleversé

Deux ans plus tard la situation de l’industrie a profondément changé. La production journalière revendiquée par le gouvernement qui se montait à environ 385 000 barils au début de l’année 2011 a baissé progressivement, d’abord à la suite des sanctions, qui sont entrées en vigueur en novembre 2011, puis à la prise de contrôle d’un nombre grandissant de champs par les rebelles.
En octobre 2012, le gouvernement affirmait que sa production était tombée à
153 000 barils/jour (b/j) alors qu’en mai 2013 elle n’était plus que de 70 000 b/j, soit moins d’un cinquième de son niveau d’il y a deux ans.
C’est dans ce contexte que l’Union européenne a autorisé ses pays membres à acheter du brut en provenance de Syrie à condition que les fournisseurs soient avalisés par la Coalition nationale syrienne (CNS), le principal regroupement de l’opposition.
En plus de l’achat de pétrole l’Union européenne permet également la vente d’équipements aux rebelles ainsi que l’investissement dans les régions tenues par eux, afin de permettre l’exploitation des champs sous le contrôle de l’opposition.
En autorisant le développement du secteur pétrolier dans les régions tenues par les rebelles, l’idée est de permettre à ces derniers d’accéder à une plus grande autonomie financière afin de subvenir aux besoins des populations qui sont sous leur contrôle et d’acheter les armes dont ils ont besoin dans leur combat contre les autorités – même si ce n’est pas dit explicitement.
En pratique, l’application de la mesure bute sur de nombreux problèmes dont le moindre n’est pas le grand désordre sécuritaire qui règne dans le Nord-Est et la très faible influence de la CNS sur les forces en présence qui sont souvent en compétition, voire en conflit.

Désordre sécuritaire à Deir ez-Zor

Les champs pétroliers syriens sont répartis dans deux régions : le premier autour de la ville de Deir ez-Zor, dans l’Est, produisait environ 100 000 b/j avant le soulèvement grâce en particulier aux investissements de Shell et Total, et le second dans la province de Hassakeh, dans le Nord et le Nord-Est, qui produisait environ 250 000 b/j, principalement par l’entremise de la Syrian Petroleum Company, une entreprise du secteur public.
La première région est sous le contrôle de groupes disparates de combattants, y compris des tribus locales et des combattants affiliés à des groupes islamistes radicaux tel Front al-Nosra alors que les champs situés plus au nord, autour des villes de Hassakeh et de Qamishli, sont en grande partie sous le contrôle de la branche armée du Parti de l’union démocratique kurde.
À Deir ez-Zor, la poursuite des combats et la fuite des ingénieurs et autres cadres du secteur pétrolier auraient conduit à l’éclatement de nombreux incendies dans les puits. Début avril, le ministre du Pétrole a annoncé que trois puits avec une production journalière cumulée de plus de 2 000 barils de pétrole brûlaient. La perte due à ces incendies était estimée par le ministère à l’équivalent d’environ 750 000 barils de brut. Aux cours mondiaux actuels, c’est près de 75 millions de dollars.
Certains champs plus petits continuent d’être contrôlés par le gouvernement qui parvient à se procurer des quantités supplémentaires par le biais de contrats conclus avec certains des groupes locaux – des rapports non confirmés font même mention de Front al-Nosra parmi les groupes qui traitent avec les autorités ! Par ailleurs, des tribus locales profitent de leur contrôle direct de certains puits pour générer de nouvelles sources de revenus et de richesses, conduisant de nombreux combattants à abandonner la lutte contre le régime.
Ce chaos ainsi que la capacité d’influence extrêmement limitée du CNS sur tous ces groupes réduisent en tout cas considérablement la capacité de l’opposition à commercialiser de manière ordonnée et régulière le pétrole extrait de cette région.
Dans le Nord-Est, le Parti de l’union démocratique kurde est, militairement, le plus puissant des partis kurdes et est resté à une distance égale à la fois du régime et de l’opposition. Bien organisés et disciplinés, ses combattants contrôlent une région qui n’a pas vécu le chaos auquel fait face Deir ez-Zor.
La situation du champ de Suwaidiyah, le plus grand champ pétrolier syrien, qui est situé près de la ville de Qamishli, n’est pas claire, mais même si techniquement il serait encore entre les mains du gouvernement, toute la région alentour est tenue par les troupes kurdes du Parti de l’union démocratique. C’est de cette région que le gouvernement se procure la plus grande partie de ses
70 000 b/j grâce à sa relativement bonne relation avec ce parti et aux accords entretenus avec des tribus bédouines pour assurer la sécurité de l’oléoduc qui transporte le brut vers les raffineries de Homs et de Banias.

Un défi logistique et un cadre juridique flou

L’autre défi majeur pour toute tentative européenne d’achat de brut syrien concerne son transport à partir du territoire syrien.
Tous les oléoducs syriens étant dirigés vers l’ouest, totalement sous contrôle du régime, l’opposition n’a d’autre choix que de recourir à des camions-citernes pour transporter le pétrole vers le territoire turc – l’Irak étant exclu à cause du soutien du gouvernement Maliki aux autorités syriennes.
Or, tout convoi de citernes est vulnérable à des attaques de l’aviation syrienne qui continue à régner en maître sur les airs ainsi qu’à l’insécurité qui règne sur le trajet.
Autre obstacle de taille : le cadre juridique de toute transaction impliquant l’achat de brut. En effet, les champs dont va être extrait le pétrole sont la propriété du gouvernement syrien et/ou de joint-ventures établies entre celui-ci et des entreprises internationales telles Shell, Total ou le canadien Suncor. Or à cette date le seul gouvernement légal reconnu par les Nations unies est celui que dirige Bachar el-Assad et tout achat de brut sans l’aval de celui-ci et des entreprises partenaires serait potentiellement entaché d’illégalité.
Les règles d’application de la directive européenne restent certes encore à publier et pourraient permettre d’éclaircir ce flou juridique, mais il est d’ores et déjà clair que la décision de l’Union européenne n’a pas été suffisamment préparée.
Au cas où cette décision devait finalement entrer en vigueur, ce qui n’est pas évident au vu des difficultés mentionnées, elle a peu de chance d’avoir un impact significatif pour l’opposition syrienne. Dans cette affaire le chaos et la désorganisation persistante des régions rebelles se combinent au manque de sérieux européen.

Regional-syrie-petrole-641Remarque: Cet article a été publié en Juin 2013 dans Le Commerce du Levant

The EU’s pointless oil gesture

On April 22, the European Union lifted its embargo on Syria’s oil exports to enable the purchase of crude oil from the opposition. The diplomatic move also permitted the sale of oil equipment to the opposition and allow the investment in oil fields located in rebel-held areas.

Sanctions imposed by the EU in September 2011 banned the purchase of all crude oil produced in Syria as well as its transport and the insurance of the tankers that transported it. While other Western countries have imposed their own set of sanctions, the EU’s has a more significant impact. Prior to the uprising, the bloc purchased more than 90 percent of all exported Syrian crude.

The rationale behind the decision to partially lift the sanctions appears to be that it will give more financial clout to the opposition, enabling it to finance the purchase of weapons and to spend and invest in the areas under its control.

However, the actual impact on the ground is less clear. Indeed, while most oil fields are now out of the direct control of the central authorities in Damascus, the groups that actually control them are varied and have sometimes competing agendas.

Syria’s oil fields are spread in two broad areas: the first around the city of Deir ez-Zor, in the east, which produced around 100,000 barrels of per day (bpd) prior to the uprising; and the second in the province of Hassakeh, in the north and north-east, which produced some 250,000 bpd.

The former is under the control of disparate groups of fighters, including local tribesmen or fighters affiliated to radical Islamist groups such as Jabhat al-Nusra. The continued fighting in the region and the fighters’ lack of experience in the oil industry has reportedly led to the eruption of many well fires. In early April, the minister of oil announced that three wells with a cumulative daily output of more than 2,000 barrels of oil had burned. The cumulative loss from all the well fires is estimated by the ministry at the equivalent of around 750,000 barrels of crude. At current global prices, this is some $75 million.

Apparently, the government continues to control some smaller fields and manages to procure additional amounts through purchase agreements it has entered into with some of the groups that control the other fields — unconfirmed reports include even Jabhat al-Nusra among these groups.

Meanwhile, many locals are using their control of oil wells to generate new sources of income and wealth, leading many of them to abandon the fight against the regime.

The fields located further to the north, around the city of Hassakeh, are to some extent under the control of the armed wing of the Democratic Union Party (DUP). The DUP is the best armed Kurdish party and has remained at an equal distance from both the regime and the opposition. Kurdish rebels are relatively well organized and disciplined, and the fields are located in a region that has avoided much of the chaos witnessed near Deir ez-Zor.

The situation of the Suwaydiyah field, the largest Syrian oil field, which is located around Qamishli, is not clear but even if it were technically still under the control of the government, in practice the whole surrounding area is held by the Kurds.

Here, too, the Syrian government continues apparently to access some of the oil produced, either thanks to its relatively good ties with the DUP or because it also purchases oil from the groups in charge in the region.

This picture of the current state of Syria’s oil sector is further complicated by the disrupted distribution networks across the country. Not only are the fields under the control of groups that fall outside the scope of the political wing of the opposition; even if the opposition managed to put some order in its ranks and ensure that all oil produced in rebel-held areas fell under its control, it would still have the task of managing the logistics behind the transport and export of the crude.

The partial lifting of the embargo will do no harm to the opposition. But given current facts of the ground, it will struggle to make any significant impact.

Note: This article appeared first in the May 2013 edition of Executive Magazine

Syria can’t afford to break apart

As violence expands across Syria, fears over the future of the country are increasing. They range from the potential use of chemical weapons in the conflict to the unleashing of a full-fledged sectarian war and to the potential disintegration and partition of the country along sectarian and ethnic lines.

Regarding the latter risk, it is likely that economic factors will play an important role in terms of its impact on the centralization/decentralization debate and on how any future partition of the country could affect economic policies.

The issue that comes first to the mind is obviously the north-eastern part of Syria, inhabited to a large extent by a Kurdish population. While prior to the conflict the demands of the Kurds were mainly limited to linguistic and cultural rights, there are now increasing calls for the creation of an autonomous region. The issue is particularly sensitive because Syria’s northeastern region is home to the country’s largest reserves of crude oil.

Indeed, while fields located near Deir Ez Zor, where the population is overwhelmingly Arab, generated most of Syria’s crude output in the 1990s, their production has now fallen from more than 400,000 barrels per day (b/d) in 1996 to around 100,000 b/d in early 2011. The fields around Hassakeh, near the Kurdish region, now extract more than 250,000 b/d of crude and hold most of the country’s reserves; these fields are now to a large extent under the control of the Kurdish Democratic Union Party.

Besides oil, however, the northeast is also host to most of Syria’s wheat and cotton crops. Because bread is Syria’s main staple food and cotton is key to the development of the large textile industry, keeping control of the region will be of utmost importance for any future Syrian central government.

The fears over a Kurdish region with wide autonomous powers may be exaggerated in view of the relatively small size of the population, the lack of a major urban centre — Qamishli, the largest city in the Kurdish region, is home to only around 200,000 people — and the fact that Kurds are actually spread across the country; the largest concentration of Kurds is in Aleppo, which has a majority Arab population. Still, the debate on how to share the resources of the state between the central government and the various provinces making up the country will be of particular importance when it comes to the Kurdish-dominated parts of Syria.

Another region of Syria that matters in the debate over decentralization or partition is the coastal area, where a large portion of the population is Alawite. While the issue of a potential independent Alawite state was raised during the French mandate, it has largely died out since and was reignited only in the last few months with the growing sectarian tones of the conflict gripping the country. Besides the fact that Sunnis and Christians probably represent up to 50 percent of the population of that region, the economic challenges that such a region would face would be numerous.

Syria’s coastal region has very limited manufacturing and agricultural basis. Except for a refinery in Banias, a single power plant and an old cement plant, manufacturing is limited to light industries and agriculture to tobacco and citrus fruits.

Some argue that Lebanon has managed to remain independent with as little resources. However, Syria’s coastal region has none of Lebanon’s large expatriate community, significant human resource wealth and excellent know-how in the financial, touristic, education and health sectors.

The debate over the sharing of the resources of the central government goes, however, beyond the sectarian/ethnic issue. Syria’s small cities, spread across most of the country, such as Rastan, Talbisah and Tel Kalakh, have paid an extremely heavy price in the uprising and are likely to demand a much larger share of the government’s money and investment programs than other less affected regions — including parts of the country inhabited by minority groups, such as Suweida or the Christian city of Mhardeh.

What will the policy of any future government be on these issues and what impact will it have on issues such as development programs or political representation? With more time passing, the challenges for future Syrian governments are increasing. It is time the opposition starts thinking about them.

Note: This article appeared first in the April 2013 edition of Executive Magazine