Paving a new silk road

The signing of several economic agreements on January 16 between Iran and Syria confirmed the persistently strong strategic relations between the two countries.

However, contrary to a widely held belief, and to the claims of the two governments, bilateral trade ties have historically been very limited. Hence, in 2010, according to Syrian government statistics, bilateral trade between Syria and Iran reached $312 million — this was lower than trade between America and Syria, despite various economic sanctions imposed by successive United States administrations on Damascus since at least the late 1970s.

The trade balance was largely to the benefit of Iran, which exported $297 million in goods to its long-term ally and imported only $15 million from Syria.

Bilateral investments are also paltry and do not exceed a handful of projects by Iranian investors in the Syrian manufacturing sector — mainly a petrochemical venture located south of Damascus and two car assembly plants based near Damascus and Homs. And while Syria joined the Greater Arab Free Trade Area in 2005 and signed a free trade agreement with Turkey as early as 2007, it signed a preferential trade agreement (PTA) with Iran only in 2011.

It is difficult to comprehend why the two countries failed for so long to expand their ties but a number of objective factors can explain this.

The two economies do not complement each other — the main export item for both countries is crude oil, while their main import items are oil derivatives, manufactured products and industrial equipment that are not produced in significant volumes; they do not have a contiguous border, as Iraq — which has had an extended period of poor relations with both countries — stands between them; there are no historical trade links comparable to the relations existing between Syria and Turkey from the Ottoman period or between Damascus and the Hejaz; since the Iranian revolution in 1979 the governments of the two countries have systematically prioritized their political and military ties at the expense of most other types of relations.

In recent years, a number of events helped change this dynamic, including the fact that economic issues started to take on increasing importance in the decision-making process in Damascus.

Several large tenders by the Syrian government were awarded to Iranian contractors in the energy, manufacturing and water sectors. These have included the construction of several power plants by Iranian companies, including a 470 megawatt (MW) combined-cycle plant awarded last year to Mapna; a water sewage project in the region of Latakia awarded in 2009 to Mirab, an engineering firm, for an amount of $64 million; segments of a water irrigation scheme worth $31 million in the area of Aleppo awarded to contractor Sabir and; the construction of 10 grain silos awarded to Tosee Siloha, a civil engineering house.

Another important turning point has been a change in relations between the two countries and Iraq, which has stabilized to some extent and whose government is now close to the Iranian authorities.

The improvement in ties with Baghdad helped both Syria and Iran envisage the PTA between them, and also to look at other ventures that use Iraqi territory. This has included, for instance, a quadripartite deal inked in early 2012 involving the sale of some 1,300 MW of electricity from Iran to Iraq, Syria and Lebanon. While Baghdad will receive 1,000 MW, Damascus and Beirut will share the balance.

More significant is the scheme to build a gas pipeline dubbed the “Islamic Pipeline”, a route that will carry gas from Iran’s South Pars Gas Field through Iraq and Syria. The 56-inch pipeline will be some 2,000 kilometers long and will have a daily capacity of 110 million cubic meters. The construction costs are estimated at between $2 billion and $2.5 billion. The long-term ambition of Tehran is to expand the pipeline in order to reach the crucial European market.

While the Syrian uprising brought back to the fore the security aspects in the relation between the two governments, it is likely that the potential “loss” of Syria, will not only be a major strategic setback for Iran but also mark a rapid end of promising economic opportunities that had just begun to unfold.

Note: This article appeared first in the February 2013 edition of Executive Magazine

Jihad Yazigi : « La région se prépare au retrait américain d’Irak »

Le président irakien, Jalal Talabani, est arrivé hier à Damas pour une visite de quelques jours, la première d’un chef d’État irakien en Syrie depuis la rupture des relations diplomatiques, en 1980. Ce raccommodage réunit un pays allié de l’Iran, la Syrie, et un gouvernement irakien soutenu par l’armée américaine, mais lui aussi ami de Téhéran. La visite de Jalal Talabani a lieu au moment même où Condoleezza Rice effectue sa propre tournée au Moyen-Orient, dans le but annoncé de construire une alliance arabe contre l’Iran et la Syrie, qu’elle accuse de déstabiliser l’Irak… Les deux pays se positionnent déjà dans la perspective du retrait des troupes américaines, estime Jihad Yazigi, rédacteur en chef de la lettre économique Syria Report.

LE FIGARO. – Quel est l’enjeu de cette réconciliation spectaculaire ?
Jihad YAZIGI. – Le volet politique et sécuritaire est important. Le président Talabani est accompagné de ministres du secteur économique, mais aussi de son conseiller à la sécurité nationale, Moaffak al-Roubaie.
Elle réunit l’Irak et la Syrie, cette dernière étant dénoncée par George Bush comme un ennemi. Comment interpréter ce paradoxe ? Les deux pays se situent dans la perspective de l’après-retrait des troupes américaines. Les Irakiens cherchent l’aide de la Syrie, qui peut avoir un rôle de relais vers certains groupes qui font partie aujourd’hui des insurgés : ex-baasistes sunnites, mais aussi les hommes du chef chiite Moqtada el-Sadr, qui ne se reconnaissent pas dans l’Iran. N’oublions pas non plus que le président Talabani est kurde, et que la question kurde concerne aussi la Syrie.

La visite de Talabani marque-t-elle une nouvelle ère économique entre l’Irak et la Syrie ?
Avant la chute de Saddam Hussein, en 2001-2002, le commerce bilatéral dépassait le milliard de dollars. La Syrie est toujours la porte d’entrée la moins chère, la plus rapide pour les produits à destination et en provenance du marché irakien. Il a bien sûr beaucoup baissé à cause de la guerre, mais c’est une relation potentiellement importante. Un exemple : le groupe français Bel, qui produit la Vache qui rit, a ouvert il y a un an une usine en Syrie, qui vise autant le marché irakien que syrien. Cela montre bien le potentiel de relations commerciales normalisées entre les deux pays.

Le pétrole est-il central dans cette nouvelle relation ?
Évidemment. Aujourd’hui la Syrie a du pétrole et du gaz, mais pas assez pour attirer les investisseurs et en faire un acteur régional majeur. Sa place est celle d’un pays de transit, de l’Irak vers l’Europe, et même des pays du Golfe vers l’Europe et la Turquie. La route syrienne est la moins chère de toutes. Il y a un projet d’oléoduc qui transporterait le pétrole irakien vers les ports syriens avec une capacité de 1,5 million de barils/jour. Un réseau régional de gazoducs est en train de se construire très vite, pour relier l’Irak et la Syrie, l’Égypte, la Jordanie, la Turquie, le Liban. L’un des objectifs est de relier le gaz arabe à un réseau européen, Nabucco, qui transportera le gaz d’Asie centrale vers l’Europe en passant par la Turquie. Naturellement, le tronçon irakien n’avance pas pour le moment, à cause de la situation politique et sécuritaire.

La reprise des relations entre ces deux alliés de l’Iran consacre-t-elle un axe économique Téhéran-Bagdad-Damas ?
La présence iranienne en Syrie est moins importante que ce que veulent faire croire les deux pays. Le commerce bilatéral a atteint 50 millions de dollars en 2005, soit 0,5 % du commerce extérieur de la Syrie. L’Iran et la Syrie ne sont pas complémentaires. Par exemple, les Iraniens n’exportent ni produits d’ingénierie ni produits de consommation de qualité. Les Syriens exportent des biens dont les Iraniens n’ont pas besoin, comme le textile ou le pétrole.

Et les investissements ?
Le seul investissement iranien important en Syrie est une usine d’assemblage d’un modèle de voiture iranien, la Samand. Il y a des projets : la concession des systèmes de transport urbains dans les principales villes syriennes à la société iranienne Amiran, qui amènera jusqu’à 5 000 bus Mercedes et Volvo assemblés en Iran, et qui gérera le réseau. Le contrat est toujours en discussion. Il y a aussi la modernisation d’une cimenterie à Hama, mais dont les Iraniens sous-traitent une partie à des entreprises occidentales. Et un projet de ville industrielle près de Homs, qui accueillerait des investissements privés iraniens. Mais ces investisseurs suivront-ils ? Ces projets apparaissent surtout comme du volontarisme politique. En comparaison, il y a en Syrie une masse d’investissements privés du Golfe, qui sont bien là, dans le secteur bancaire, dans l’immobilier… Trois banques islamiques ouvriront avant la fin du premier semestre 2007, détenues en majorité par des capitaux koweïtiens, émiriens, saoudiens, alors qu’il n’y a pas une banque iranienne. Les grands groupes d’assurance du Golfe sont tous présents. Les gens du Golfe investissent aussi dans des projets immobiliers. Un hôtel Intercontinental va être construit, pour un investissement de 200 millions de dollars. Tous ces investisseurs profitent de la modernisation de l’économie et de la libéralisation de l’environnement des affaires en Syrie.

Remarque: Cette entrevue a été publiée par Le Figaro le 15 janvier 2007