La chute inexorable de la livre syrienne

Livre-syrienneLa Banque centrale de Syrie a de plus en plus de mal à freiner la chute de sa monnaie et les craintes d’un décrochage de la livre syrienne augmentent à Damas.
D’août 2014 à début de février 2015, la monnaie nationale syrienne est en effet tombée de 165 livres pour un dollar, la devise de référence sur le marché local, à 245.
Ce n’est pas la première fois que la livre tombe aussi bas puisqu’elle avait atteint les 300 livres pour un dollar en juillet 2013 avant de rebondir, mais cette fois sa chute se fait de manière beaucoup plus graduelle, ce qui donne un sentiment inquiétant d’inexorabilité.
Le dollar est ainsi passé à 180 livres fin août, à 190 en septembre, à 200 livres en novembre, à 210 en décembre et à 220 livres en janvier.
Avant le début du soulèvement en mars 2011, la livre s’était maintenue à un taux proche de 50 livres pour un dollar pendant près de deux décennies. La non-convertibilité de la livre, une balance des paiements positive, des réserves de change importantes faisaient partie des facteurs qui avaient permis la bonne tenue de la monnaie nationale.
Avec l’extension du printemps arabe à la Syrie, la livre a naturellement perdu du terrain. Le soulèvement populaire suivi d’une guerre d’une violence inouïe a en effet eu un impact dévastateur sur les capacités de production du pays et les rentrées de devises. À quoi se sont ajoutées les sanctions occidentales sur le secteur pétrolier qui ont mis fin à l’exportation de brut dont les revenus représentaient une grande majorité des recettes en devises du gouvernement. La fuite des touristes, une autre source importante de devises, dès le début du soulèvement avait également eu un impact important.
Malgré tout, jusqu’à l’été dernier beaucoup d’analystes avaient salué les capacités de résistance de la livre qui avait perdu moins de terrain que prévu, et ce pour plusieurs raisons.
D’abord les réserves importantes détenues par la Banque centrale, qui se montaient à 20 milliards de dollars au début 2011, ont permis pendant longtemps de faire face à la demande croissante en devises du marché que ce soit pour financer les importations ou parer aux pressions engendrées par la fuite des capitaux. La baisse du niveau de l’activité économique et le frein mis par le gouvernement à ses dépenses et ses investissements ont également aidé à faire baisser la demande pour les devises étrangères.
Par ailleurs, avec la guerre, de nouvelles sources de recettes ont vu le jour. L’une d’elles est l’aide apportée aux différents partis du conflit par leurs parrains et alliés régionaux et internationaux. Le gouvernement a bénéficié d’aides conséquentes de ses alliés iraniens et russes – 4,6 milliards de dollars en 2013 et 2014 rien que de la part de Téhéran – alors que les zones détenues par l’opposition ont bénéficié de diverses sources d’aides, soit pour financer l’effort de guerre, soit pour financer les conseils civils locaux créés suite au retrait des troupes du régime, à la fois de la part des pays occidentaux et du Golfe. À cela s’ajoute l’aide humanitaire internationale principalement fournie à travers les agences des Nations unies.
Dans tous les cas ces montants en devises sont rentrés dans le même circuit économique et monétaire syrien et ont donc permis de ralentir la chute de la livre syrienne.

Pourquoi une accélération de la chute depuis l’été dernier

Depuis l’été dernier, cependant, d’autres facteurs se sont conjugués pour accélérer le déclin de la monnaie nationale, principalement l’enlisement du conflit et la détérioration des indicateurs économiques et financiers.
Alors que le président syrien, se basant sur plusieurs victoires de ses troupes, avait promis lors de sa réélection en juillet une fin rapide du conflit, il a été démenti dans les faits à peine quelques semaines plus tard avec la perte de plusieurs bases militaires dans le nord-est et l’avancée de l’opposition dans le sud du pays.
Il est dorénavant clair que, d’une part, ni le régime ni l’opposition ne sont capables de l’emporter sur le terrain et, d’autre part, qu’il n’y a pas de volonté politique internationale pour mettre fin au conflit. D’où la pérennisation de la guerre, la fin de tout espoir d’une reconstruction proche du pays et une fuite renouvelée des capitaux.

Les réserves épuisées

C’est cependant la détérioration des indicateurs macroéconomiques qui pèse le plus lourd.
Depuis des mois maintenant, les décideurs syriens se plaignent de la faiblesse de leurs recettes fiscales. Avec la baisse de l’activité économique l’argent ne rentre plus dans les caisses alors que les réserves sont épuisées et les besoins de l’effort de guerre toujours aussi importants. Sans exportation de pétrole, avec une récolte catastrophique due à un hiver 2013/2014 très sec qui a obligé le gouvernement à importer des volumes importants de céréales, une chute de la production locale, qui oblige à maintenir les importations à un niveau élevé pour faire face à la demande en produits de la population, et la baisse de l’aide internationale due à une lassitude généralisée de tous les parrains et acteurs internationaux, le marché fait face à un déséquilibre structurel sur le marché des devises.
La Banque centrale ne publie plus depuis longtemps l’état de ses réserves rendant difficile toute estimation de sa capacité de financement, mais de l’avis de tous les analystes ces dernières sont au plus bas, potentiellement en dessous de deux milliards de dollars.
En octobre, le gouvernement a bien tenté de demander à son allié russe un prêt d’un milliard de dollars auquel il a répondu par la négative, craignant de ne jamais se faire rembourser, de la même façon que Moscou n’avait pas réussi à se faire rembourser par Damas la dette de 12 milliards de dollars octroyés par l’URSS durant la guerre froide.
Le seul espoir réside aujourd’hui dans l’Iran qui a récemment vu plusieurs délégations syriennes se succéder pour demander de nouvelles lignes de crédit qui permettraient de renflouer les réserves mais Téhéran, qui fait aussi face à des difficultés économiques, semble traîner des pieds.

Les autorités impuissantes

La Banque centrale tente de parer à ces pressions de plusieurs façons. D’abord et surtout en continuant à injecter des devises sur le marché en puisant dans ce qui lui reste de réserves. Le niveau de cette intervention est difficile à estimer en l’absence de données publiques, mais durant la dernière semaine de janvier le gouverneur de la Banque, Adib Mayaleh, avait affirmé que 65 millions de dollars seraient consacrés jusqu’à fin février pour soutenir la monnaie.
La Banque centrale déprécie de même régulièrement le taux de change officiel dans le but de réduire le décalage avec le taux du marché et donc l’attractivité de ce dernier.
Les autorités se sont également lancées dans une campagne de répression et d’arrestation de changeurs au noir dans l’espoir d’obliger tous les intervenants sur le marché à vendre au prix officiel fixé par la Banque centrale. L’administrateur d’une page Facebook qui publiait heure par heure le taux au marché noir de la livre et dont le nombre de “followers” se montait à plusieurs dizaines de milliers s’est même fait arrêter, accusé de diffuser des “rumeurs trompeuses” sur le marché des devises.
Dans une déclaration qui a fait le tour des médias, M. Mayaleh a annoncé que son institution s’apprêtait à intervenir sur le marché des changes libanais où se trouveraient des volumes importants de devises. Les modalités de cette intervention ainsi que son impact sont encore difficiles à évaluer.
Finalement début février le gouvernement annonçait qu’il allait réduire le nombre de licences d’importation qu’il accordait aux importateurs afin de réduire la demande de devises.
Toutes ces mesures semblent être jusque-là largement inefficaces ou en tout cas n’ont pas un impact suffisant pour contrer les pressions baissières sur la livre.
Au vu de la situation économique et politique, il apparaît que la livre syrienne ne peut que continuer à chuter sur le court et moyen terme, seul un dénouement du conflit couplé à une reprise de l’activité économique étant à même de mettre fin à cette baisse.
L’accès à de nouveaux financements, par exemple en provenance d’Iran, ferait gagner aux autorités un peu de temps. Ce ne serait cependant que pour une période limitée et avec de sérieuses implications politiques.

Remarque: Cet article a été publié en mars 2015 dans Le Commerce du Levant

Damas a de sérieuses difficultés financières

Trois ans et demi après le début du conflit, l’État syrien semble pour la première fois rencontrer des difficultés sérieuses pour financer ses dépenses. Depuis le début de l’été, plusieurs signes témoignent d’une certaine nervosité des autorités.

Réduire le coût des subventions

En juillet, le gouvernement a augmenté de manière spectaculaire le prix de nombreuses denrées et de plusieurs services dans le but d’alléger le poids de ses subventions. Un objectif avoué qui contredit la position officielle du gouvernement qui se targuait jusque-là de fournir un certain nombre de produits et de services de base quel qu’en soit leur coût.
C’est le prix du pain qui a été relevé le premier. Le paquet de huit pains a renchéri de 67 %, passant de 9 à 15 livres syriennes – soit de 0,05 à 0,08 dollar.
L’augmentation du prix du pain est particulièrement symbolique au vu de son importance pour la population. D’autant que le gouvernement avait déclaré dans le passé que la hausse de son prix était pour lui une ligne rouge. Le prix du paquet de pain n’avait pas augmenté depuis au moins une décennie, même si le nombre de pains par paquet était passé de 9 à 8 il y a quelques années, représentant une hausse de 12,5 %.
Le gouvernement a justifié sa décision par la hausse du coût de production qui a entraîné une hausse spectaculaire du montant que le gouvernement consacre à subventionner le pain, c’est-à-dire la différence entre le coût et le prix de vente. Selon le ministre du Commerce intérieur et de la Consommation, Samir Qadi Amin, ce montant était de 67 milliards de livres l’année dernière et serait passé à 178 milliards cette année si le prix de vente n’avait pas été augmenté. Cette hausse est principalement la conséquence de la forte chute de la récolte qui a poussé le gouvernement à importer une grande partie du blé et de la farine consommés, payés au prix fort en devises.
La même semaine de juillet, le gouvernement a relevé de 100 % le prix du sucre et du riz, deux autres aliments de base pour la population. Ces deux denrées ont la particularité d’être distribuées à la population grâce à des bons, chaque famille syrienne ayant droit chaque mois à un kilo de sucre et à 500 grammes de riz. Le prix de chacun de ces produits passe de 25 à 50 livres le kilo. Pour acheter des quantités supplémentaires, les consommateurs peuvent se replier sur le marché où ces denrées se vendent à des prix bien plus élevés. D’après le ministre, ces hausses vont permettre au gouvernement d’économiser 10 milliards de livres par an, soit environ 60 millions de dollars.
Là encore le riz et le sucre sont presque entièrement importés et leur coût subit le contrecoup de la baisse de la livre syrienne par rapport au dollar. La deuxième semaine de juillet, le gouvernement a annoncé la hausse des prix de l’eau et de l’électricité. L’ampleur de la hausse varie selon la tranche de consommation, mais pour certains consommateurs les tarifs de ces deux services ont augmenté de plus de 100 %.

L’Iran appelé à nouveau à l’aide

Autre signe de la gêne financière du gouvernement : l’annonce que le Premier ministre, Waël al-Halqi, s’apprête à adresser une nouvelle demande d’aide financière à l’Iran. Cette démarche fait suite à une demande du ministère de l’Économie qui a besoin de devises pour importer divers produits alimentaires dont du riz et du sucre.
Cette aide potentielle, dont le montant n’a pas encore été dévoilé, fait suite à une facilité de paiement d’un milliard de dollars accordée l’année dernière par Téhéran pour financer l’importation de divers produits alimentaires et médicaux, ainsi que la fourniture d’équipements électriques. Cette facilité avait été entièrement consommée à la fin du mois de juin. Ce nouveau prêt ferait aussi suite à un don de 327 millions de dollars accordé au gouvernement par Moscou en mai dernier.

Bachar menace les fraudeurs du fisc

Par ailleurs, plusieurs responsables gouvernementaux, y compris le directeur de la commission du Plan, se sont plaints ces dernières semaines que les taxes et les impôts rentraient difficilement dans les caisses de l’État. C’est Bachar el-Assad lui-même qui a fait la déclaration la plus spectaculaire en la matière lors de son discours prononcé à l’occasion de sa réélection. Le président syrien a comparé les contribuables fuyant le fisc à des voleurs dépouillant 23 millions de leurs concitoyens. L’avertissement du président syrien était clair – payer vos impôts ou vous serez traités comme des criminels – tout comme l’objectif – collecter des recettes publiques. Que le président syrien se soit senti obligé de proférer des menaces contre des contribuables réfractaires, alors qu’elles visent habituellement ses opposants politiques et militaires, semble témoigner de contrariétés sérieuses.

Les symptômes de difficultés réelles

Depuis bien longtemps, il est clair que le gouvernement syrien n’a plus les moyens de dépenser au-delà du strict minimum. Les dépenses d’investissements sont presque entièrement à l’arrêt depuis près de trois ans alors que les dépenses courantes se réduisent aux salaires et aux produits et services essentiels. Malgré cela, les autorités ont réussi jusque-là à préserver un certain sens de la normalité en payant régulièrement les fonctionnaires et en continuant de fournir des services de base.

Un équilibre qui semble menacé

Selon Techrine, l’un des trois quotidiens gouvernementaux, le ministère des Finances semble avoir des problèmes pour payer le salaire des employés de certaines des entreprises du secteur public. Ces derniers sont généralement rémunérés par l’organisme qui les emploie, le ministère des Finances étant appelé à la rescousse lorsqu’il se trouve à cours de liquidités. Selon Techrine, même si c’est actuellement le cas de plusieurs entreprises manufacturières, le ministère des Finances ne semble pas pressé de régler la facture.
Par ailleurs, Siraj Press, un média en ligne affilié à l’opposition, affirme qu’à Alep, les salaires de certains fonctionnaires n’ont pas été payés en juillet et en août, le gouverneur se justifiant par la pénurie de liquidités dans les banques et les difficultés pour transporter du cash de Damas. Les salaires des fonctionnaires de Raqqa et Deir ez-Zor avaient continué d’être payés bien après la chute de ces provinces de l’Est aux mains de l’opposition. Les versements ont tout de même été arrêtés il y a plusieurs mois, précise Siraj Press.

La livre perd du terrain

La chute de la livre syrienne par rapport au dollar est une autre source d’inquiétude pour Damas. Alors que la valeur de la monnaie nationale était restée stable à environ 165 livres pour un dollar depuis le mois d’avril, début août elle a recommencé à perdre pied.
Le dollar a ainsi d’abord dépassé le seuil de 170 livres, puis à la fin août celui de 175 livres pour passer au-dessus de 180 livres durant la première semaine de septembre et flirter avec les 190 livres le 12 septembre.
Il est difficile d’attribuer à une cause en particulier la chute de la livre ; par le passé celle-ci a été très sensible aux développements politiques, mais les problèmes budgétaires du gouvernement n’y sont certainement pas étrangers.
Les hausses de prix annoncées en juillet entraînent déjà une hausse du taux global de l’inflation et donc des pressions sur la monnaie. Par ailleurs, de nombreux analystes à Damas craignent que le déficit budgétaire pousse le gouvernement à utiliser la planche à billets, entraînant à la fois une hausse de l’inflation et une chute de la livre. L’émission par la Banque centrale d’un nouveau billet de 500 livres en juillet et celle attendue d’un billet de 1 000 ont d’ailleurs renforcé les spéculations sur une fuite en avant de la Banque centrale.
Ce n’est pas la première fois, depuis le début de l’insurrection en 2011 contre Bachar el-Assad, que l’économie syrienne a des accès de faiblesse, entraînant des pressions sur la livre et des rumeurs sur la capacité du gouvernement à couvrir ses dépenses. Il est donc encore tôt pour en tirer des conclusions même s’il semble qu’une nouvelle étape a été franchie ces dernières semaines.

Remarque: Cet article a été publié en octobre 2014 dans Le Commerce du Levant

En Syrie, une «économie sous perfusion des pays amis»

Comment tient la Syrie après presque deux années de révolution et de guerre ? Jihad Yazigi, rédacteur en chef du Syria Report, site d’information et d’analyse économique (http://www.syria-report.com), évalue les moyens de subsistance de la population et les ressources d’un régime sous perfusion de ses derniers alliés : « Il faudra vingt ans pour revenir au niveau d’avant-guerre », selon lui. Entretien.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), près d’un million de Syriens seraient menacés de famine, cet hiver. Que pensez-vous de cette estimation ?

Il est aujourd’hui très difficile d’avoir des chiffres sur la situation mais le PAM a raison de tirer la sonnette d’alarme. Ce que l’on peut dire, c’est que la détérioration de la situation, qui s’est considérablement accélérée depuis l’été dernier et les combats à Alep, a aggravé une très profonde crise économique et sociale. Il y a une forte décroissance, le chômage est très élevé, le taux d’inflation officiel est de 50 % mais il est bien plus élevé car l’indice est mesuré par rapport aux prix officiels : par exemple, le mazout est calculé au prix de 27 livres syriennes le litre, alors qu’en réalité il est de 100 livres et bien plus. Le grand problème qui se pose est un problème d’acheminement des biens, des produits agricoles. Il est très difficile de circuler d’une région à une autre, les routes sont très dangereuses, les attaques y sont permanentes de la part de bandes armées qui profitent du chaos. À ce problème d’acheminement s’ajoute celui de la pauvreté. Beaucoup de gens ont perdu leur travail depuis longtemps et leurs économies fondent ou ont déjà fondu ; l’inflation atteint des niveaux records en particulier pour le pain, élément de base de l’alimentation des familles : dans certains quartiers touchés par la violence, elle atteint parfois 500 %. Il faut aussi savoir que les régions et les quartiers qui sont les plus touchés par la violence sont des zones pauvres. Cette combinaison de facteurs laisse prévoir ce type de situation : l’appauvrissement et le risque de famine. La situation est particulièrement difficile dans les régions sous bombardement pour les populations qui n’ont pas pu fuir, comme à Homs, Alep et sa région, qui souffrent beaucoup. Il faut dire aussi que depuis 20 mois, depuis l’escalade de la violence, à l’été 2011, il n’y a pas eu une seule journée de trêve, contrairement par exemple à la guerre civile au Liban.

Comment fonctionnent les zones qui ne sont plus sous le contrôle du gouvernement, les zones dites « semi-libérées ». Quels sont leurs moyens de subsistance ?

Il n’y a évidemment pas d’investissements. C’est une économie qui tourne au ralenti, avec quelques petits commerces, et qui fonctionne avec l’aide de l’étranger, des expatriés. C’est une économie de subsistance d’autant que très peu de ces régions échappent à la violence et aux bombardements. Il faut aussi rappeler que les zones semi-libérées, au nord du pays, sont largement rurales ; elles vivent en partie comme avant mais sans l’aide du gouvernement. Ces populations étaient auparavant dépendantes de l’État, elles bénéficiaient des subventions notamment sur le mazout, l’électricité, le pain et le sucre. Le problème auquel elles sont confrontées, c’est que leur accès est très difficile en raison des barrages et des attaques, ce qui les coupe des autres régions syriennes d’où elles pourraient recevoir mazout, farine, etc. Ce sont donc des régions isolées qui vivent de manière autonome, où la population tente de survivre et bénéficie un peu du soutien des expatriés. C’est probablement la diaspora qui les aide à tenir.

Les régions relativement épargnées par la violence et qui sont encore sous le contrôle du pouvoir, comme le centre de Damas ou les villes côtières, sont-elles également touchées par les pénuries ?

Il y a en effet des pénuries de mazout et de gaz jusque dans la capitale, car la Syrie importe pour moitié son gaz et pour un tiers son mazout. Le pain aussi arrive difficilement à Damas. Le problème de Damas, c’est aussi l’afflux de réfugiés. Dans le centre de la capitale, une grande partie de la classe moyenne supérieure et de la petite bourgeoisie a quitté le pays, ceux qui restent peuvent trouver de tout mais à condition d’y mettre le prix. Tout le monde est donc touché, d’une manière ou d’une autre. La capitale souffre aussi des coupures d’électricité, soit parce que les centrales et les transformateurs ont été endommagés, soit par manque de fuel pour faire tourner les centrales. Il y a des coupures très importantes, jusqu’à 10 heures d’affilée, mais en moyenne, les coupures durent 6 heures par jour. On ne sait pas si les pannes de ces derniers jours vont durer, mais le fait est que le réseau est tellement affaibli que n’importe quelle panne crée des pénuries assez importantes. Il faut aussi savoir qu’en raison de la pénurie de mazout, les gens ont recours à l’électricité, ce qui créée une pression énorme sur le réseau. Mais la situation à Damas n’est pas comparable avec d’autres régions : à Homs, la situation est catastrophique avec seulement une heure d’électricité par jour et certains quartiers d’Alep peuvent rester 8 jours sans électricité.

Quelles sont les sources d’approvisionnement du régime ?

Ce sont les pays dit amis, le Liban, l’Irak, l’Iran, le Venezuela et la Russie. Il y a eu des livraisons de fuel et de mazout de ces pays amis, du diesel de Russie en décembre, car aucune loi n’empêche d’importer ce type de produits. Et au terme d’un accord signé à Téhéran la début janvier, le gouvernement vient d’obtenir des Iraniens une ligne de crédit à hauteur d’un milliard de dollars, dont la moitié doit servir à financer des projets électriques, en particulier la construction d’une centrale sur la région côtière. C’est d’une certaine manière une économie sous perfusion des pays amis.

Le régime continue-t-il à exporter vers le Liban, l’Irak et la Jordanie ?

Oui, la Syrie continue à exporter un peu vers l’Irak : jusqu’à l’été, les usines d’Alep continuaient à fonctionner très bien, les entrepreneurs profitaient de la baisse de la monnaie pour exporter sur le marché irakien à des prix compétitifs. Aujourd’hui, il y a, ici et là, des niveaux minimums d’exportation. Récemment encore, une délégation du gouvernement était en Ukraine pour négocier la vente de phosphate, puisque la Syrie est un grand producteur de phosphate. Les usines continuent de tourner probablement à 20 % de leurs capacités : les ouvriers vont à l’usine s’il n’y a pas de violence et si l’électricité fonctionne, les entrepreneurs continuent de produire si les conditions le permettent. Il faut répondre au besoin minimum de la population, et ce peut être pour les entrepreneurs un moyen de se faire beaucoup d’argent puisqu’il n’y a plus de compétition.

Qu’en est-il de l’agriculture, qui représentait 20 % du PNB et qui a permis à la Syrie d’être pendant de longues années autosuffisante ?

L’agriculture a bénéficié de deux bonnes années de pluie, en 2011 et 2012, ce qui a permis de retarder une trop forte inflation. Pendant de longs mois, la Syrie a pu ainsi produire des produits agricoles, de la viande, de fruits et des légumes. Le problème de l’agriculture réside dans la capacité des fermiers à aller dans les champs, l’approvisionnement en engrais et autres. Mais le plus grand problème demeure la commercialisation et la distribution, parce que les routes ne sont pas sécurisées. Dans la région agricole de Déra’a (sud du pays), un fermier peut acheminer sa production à Damas, en payant le prix et en prenant des risques. L’acheminement peut aussi se faire sans trop de difficultés entre Damas et Tartous (sur le littoral côtier, au centre), en revanche, entre Homs, Alep et Hama, c’est très difficile.

Plus généralement, que reste-t-il de l’activité économique ?

Il y a un minimum d’activité économique qui est le fait d’un minimum de vie. Un million de Syriens sont hors du pays, mais il reste 20 millions de personnes qui ont besoin de vivre, de se nourrir, de s’habiller, comme c’était le cas pour les Libanais, pendant la guerre civile. L’économie syrienne fonctionne au minimum, elle s’est radicalement transformée en une économie de subsistance : la population dépense pour manger, pour se soigner lorsqu’elle en a les moyens. Mais beaucoup de Syriens ont des comptes à l’étranger, ils continuent de payer des salaires, les cafés fonctionnent aussi. Il y a un mois, en décembre, un mariage a été célébré en grande pompe dans un restaurant huppé du vieux Damas.

Qu’en est-il de la nouvelle économie initiée par Bachar al-Assad, en particulier le secteur des services (banques privées, foncier…) qui avait permis de dégager une nouvelle rente pour le pouvoir et les réseaux affairistes qui lui étaient proches ?

Beaucoup d’hommes d’affaires ont quitté le pays. Et beaucoup d’entre eux apportent leur soutien à la révolution. Il n’y a plus de touristes depuis le début du soulèvement, le secteur manufacturier est fortement touché. Le tourisme a été le secteur le plus rapidement et le plus fortement touché. Son impact a été particulièrement important car c’est un secteur qui rapporte des devises. Les banques perdent également de l’argent mais leur bilan ne représente en général qu’une petite partie du bilan de leurs banques mères basées au Liban, en Jordanie ou dans le Golfe. Donc elles devraient normalement continuer à tourner. L’économie syrienne s’est structurellement modifiée et tente de s’adapter à cet état de guerre qui a tout l’air de durer. Une économie informelle est en train de se développer avec les enlèvements, des commerces illicites, notamment aux postes-frontières où les droits de douane ne sont plus prélevés. D’autres secteurs d’activités se développent, notamment le secteur des générateurs électriques et de la sécurité : des publicités proposent aux particuliers des vitres qui résistent aux déflagrations, des portes blindées, il y a aussi la sécurité des hommes d’affaires. Tous ne sont pas forcément liés au régime mais il est difficile d’afficher ouvertement son opposition.

 Quelles sont les ressources financières du régime ? Peut-il encore payer les fonctionnaires et est-ce que l’administration continue de fonctionner ?

Oui, elle continue de fonctionner et les salaires sont encore payés par virement mais dans les zones reculées, dans les campagnes, s’il n’y a pas de banque, de distributeurs de monnaie, les fonctionnaires ne peuvent les retirer et les chèques et les cartes de paiement n’ont jamais été trop utilisés en Syrie. Ce qu’il faut noter, c’est qu’avant la crise, dans le budget d’État, les dépenses d’investissements et les dépenses courantes étaient réparties de manière équilibrée. Le régime a tout de suite arrêté les dépenses d’investissement, ce qui lui a permis de faire des économies très rapidement. Par ailleurs, le gouvernement a continué à exporter du pétrole brut pendant huit mois, jusqu’en novembre 2011, principalement vers l’UE – les sanctions votées en juillet n’ont pas été appliquées tout de suite. Le gouvernement avait par ailleurs des réserves en devises, et avec la chute de la monnaie locale, ces réserves ont acquis plus de valeur. On peut aussi supposer que le gouvernement reçoit de l’aide de l’Irak, de l’Iran et de la Russie même si on n’a pas d’indicateurs de cette aide. Autre point, le gouvernement dépense peu hormis les salaires de l’administration. La fourniture d’électricité se fait grâce au fuel qui est produit en Syrie et les dépenses courantes ont aussi beaucoup baissé dans les régions où l’État n’a plus d’autorité. Les fonctionnaires qui sont accusés par le régime de collaborer avec les « groupes terroristes », selon la rhétorique officielle, ont été licenciés. En définitive, cette baisse très rapide des dépenses, l’utilisation efficace des réserves et les aides potentielles des pays amis permettent au régime de tenir.

Peut-on chiffrer ces réserves ?

Non, on ne peut pas. On parle de 3 à 5 milliards de dollars de réserves pour 7 milliards au début de la crise, mais ce ne sont que des spéculations, on n’a aucun indicateur économique depuis mai 2011.

 Le régime ne contrôle plus un large pan du territoire, il va probablement en perdre d’autres pour sécuriser des territoires plus importants pour sa survie, en particulier Damas. Quelles seraient les conséquences de la perte d’Alep pour le régime ?

Ils peuvent se permettre de perdre Alep, qui en tant que ville ne génère pas beaucoup d’argent pour le gouvernement. Alep est une ville dominée par le secteur privé, le commerce, mais elle n’a pas de ressources comme le blé, le coton, le phosphate ou le pétrole. La perte d’Alep serait problématique du point de vue politique et symbolique mais pas au niveau économique. C’est un centre de distribution de produits agricoles, d’approvisionnement du nord-est, mais en pratique, Alep a déjà perdu ce rôle-là. Si Alep venait à être coupée du reste du pays et de Damas, cela compliquerait l’approvisionnement de certains produits, notamment de produits pharmaceutiques car l’industrie pharmaceutique était très importante à Alep, mais ce coût est difficile à chiffrer. Et ce n’est pas essentiel pour le régime.

Quelles sont les régions qui sont vitales au régime d’un point de vue économique ? Si la région de Déra’a, frontalière avec la Jordanie, lui échappe, perdrait-il une source d’approvisionnement importante ?

D’un point de vue économique, ce serait l’accès aux régions céréalières et aux grands champs pétroliers dans le nord-est, dans la région d’Hassaké. De même la perte de la région de Homs avec la raffinerie de pétrole, à l’ouest, serait problématique. La situation à Déra’a est déjà très compliquée mais en réalité, le vrai poumon économique de la Syrie reste le Liban, à travers les relations commerciales et le système bancaire libanais, qui permet de contourner les sanctions internationales sur les banques syriennes. Les commerçants syriens et libanais importent du Liban, les banques libanaises peuvent fournir les lettres de crédits pour permettre d’importer du blé. On n’a pas de chiffre global de ces importations, mais il semble que les fournitures soient suffisantes.

Le régime pourrait donc survivre grâce à l’aide du Liban ?

Il est difficile de le dire, mais depuis, cet été, il y a une brusque accélération de la détérioration. Le grand problème, c’est que l’on n’a aucune idée de leurs réserves en devises, donc on ne sait pas combien de temps ils vont pouvoir continuer d’importer. Ils peuvent par ailleurs encore continuer à imprimer de la monnaie, mais les importations de blé dont ils ont besoin pour le pain nécessitent des devises, et même si on n’a pas de chiffres, on peut penser que leurs réserves ont nettement baissé.

La cash économie a toujours joué une grande place dans l’économie syrienne, permettant au régime et à la population de résister pendant des périodes très difficiles (les affrontements des années 1980, la crise financière de 1986…). Le pays a d’ailleurs longtemps vécu en autarcie, cette expérience peutelle lui permettre de s’adapter à cette situation ?

Oui. Et il y a aussi le fait que l’économie syrienne, à la différence des autres pays du Moyen-Orient, est une économie relativement diversifiée avec un secteur agricole important, du pétrole et du gaz, le tourisme, le secteur manufacturier et le secteur des services, cette diversification a aidé cette économie faible. Par ailleurs, une des chances de la Syrie si l’on peut dire, c’est qu’aucun grand complexe industriel, telles les raffineries ou les centrales électriques, n’a encore été touché, ce qui est extrêmement important pour l’après. Cependant, le commerce qui subsiste à Damas ne doit pas faire illusion. L’économie est en très mauvais état. Il faudra vingt ans pour revenir au niveau d’avant la guerre. Il y a trente ans, le PIB par habitant était équivalent à celui de la Corée du Sud et non de pays comme le Zimbabwe. Quant aux Syriens eux-mêmes, ils tentent de subvenir à leur besoin au minimum, ils s’appuient sur leur épargne et l’aide de leurs familles à l’étranger. La société s’est très bien organisée mais elle est exténuée et surtout laissée à l’abandon. Combien de temps pourra-t-elle tenir ainsi ?

 

Remarque: Cette entrevue a été publiée par Médiapart le 28 janvier 2013

La livre syrienne à bout de souffle

Monnaie-syrienne-et-dollarsLes pressions sur la livre syrienne s’accentuent en cette fin d’année 2012, le dollar américain atteignant la barre des 90 livres sur le marché noir à la mi-novembre, alors que la monnaie nationale syrienne avait réussi à se maintenir autour de 70 livres pour un dollar entre les mois de mars et septembre, contre un taux de change de 47 livres pour un dollar avant le début de la contestation du régime de Bachar el-Assad en mars 2011.
La récente envolée du billet vert reflète à la fois l’accélération des pressions politiques sur les autorités syriennes, mais aussi une situation fiscale et monétaire de plus en plus critique.
Le gouverneur de la Banque centrale, Adib Mayaleh, a réagi en annonçant le 18 novembre que son institution envisageait d’autoriser les banques locales à vendre des devises au taux du marché pour toutes les opérations non commerciales. La Banque centrale espère de la sorte entraîner un alignement des taux officiel et du marché noir alors qu’en excluant les transactions d’ordre commercial de cette nouvelle mesure, c’est-à-dire en permettant aux importateurs de se financer au taux officiel, les autorités espèrent ralentir la hausse de l’inflation.
Si cette mesure devait être adoptée, elle marquerait un changement de cap significatif pour les autorités monétaires syriennes qui depuis des décennies fixent en effet le taux de leur monnaie. La décennie de libéralisation économique et monétaire avait amené à un adoucissement des restrictions sur les transactions financières mais ni à la convertibilité ni à la fin de l’imposition de ses prix sur le marché local des changes.
Il n’est pas clair, cependant, si la mesure aura un impact significatif sur le marché des devises qui subit un décalage de plus en plus important entre la demande – tirée par une inquiétude croissante sur l’avenir politique du pays – et l’offre, qui subit le contrecoup de la baisse substantielle des rentrées de devises depuis le début du soulèvement populaire en mars 2011.
La santé de la monnaie nationale est suivie avec beaucoup d’attention, son taux de change par rapport à la devise américaine étant censé agir comme un indicateur de la perception des investisseurs de la situation politique dans le pays.
Alors qu’une chute rapide de la monnaie était attendue, celle-ci a d’abord surpris par sa relative solidité, puisqu’elle n’avait perdu que 10 pour cent de sa valeur six mois après le début du soulèvement, avant de décliner de manière plus substantielle à partir du dernier trimestre 2011. Le déclin s’est poursuivi en 2012 avec des soubresauts ponctuels qui ont correspondu soit à la perception d’un changement de stratégie par les autorités monétaires, soit à des pics de violence ou des événements politiques majeurs.
À partir du mois de mars, après une dégringolade rapide mais de courte durée qui a vu le dollar atteindre le taux de 107 livres, la monnaie se stabilisait autour de 70 livres.
Cette relative solidité de la monnaie syrienne se justifie par plusieurs facteurs.
Bien que les sanctions imposées par l’Union européenne, les États-Unis et d’autres pays occidentaux sur les exportations pétrolières ont entraîné une forte chute des réserves en devises – les exportations pétrolières représentaient en 2010 quarante-six pour cent de tous les revenus d’exportations syriennes et une part nettement plus importante des revenus en devises du gouvernement –, elles n’ont en pratique pas été appliquées par l’Union européenne, le principal acheteur de brut syrien, avant le mois de novembre 2011, c’est-à-dire plus de huit mois après le début du soulèvement.
La livre syrienne a aussi été aidée par la baisse des importations qui a ralenti la demande de devises. Ce recul est dû : 1) à la suspension de l’accord de libre-échange établi avec la Turquie depuis 2007 qui a renchéri le coût des produits turcs ; 2) à l’augmentation des tarifs douaniers décidée début 2012 sur de nombreux biens de consommation, certaines taxes étant portées à 80 % ; 3) à la baisse initiale de la livre qui a entraîné de manière automatique un renchérissement des importations ; 4) à la baisse significative de la consommation et des investissements sur le marché local, à la fois de la part des secteurs privé et public.
Les autorités ont aussi actionné le levier de l’augmentation des taux d’intérêt, même si la montée de l’inflation a rapidement montré les limites de cet exercice en rendant ces taux négatifs, et celui des restrictions à l’achat et à la sortie de devises.

Vente massive de devises

Cependant la clé du maintien de la livre pendant de nombreux mois à un taux relativement élevé a été la politique agressive de la Banque centrale qui a continué de vendre de manière soutenue des devises sur le marché. Pour ce faire, la banque a puisé dans les vastes réserves de change que le gouvernement avait accumulées durant la courte période de boom pétrolier syrien dans les années 1990. Au début de l’année 2011, ces réserves se chiffraient à environ 17 milliards de dollars.
Alors que le niveau réel de son implication a été longtemps formellement nié par le gouverneur de la Banque centrale – mais reconnu par les acteurs du marché –, l’importance du rôle de la banque dans la défense de la monnaie s’est confirmée au début de cette année.
Dans une entrevue télévisée en janvier, le ministre de l’Économie annonçait formellement qu’entre la défense continue et au prix fort de la livre et la préservation des réserves de change, les autorités syriennes avaient décidé de penser à l’avenir et donc de préserver leurs devises.
Le changement de cap n’a pas tardé à produire ses effets. En l’espace de quelques semaines, le dollar voyait sa valeur monter de 63 à 107 livres. Il a fallu que la Banque centrale annonce un nouveau revirement de politique et une reprise de la vente de devises sur le marché pour que la livre reprenne des couleurs et se stabilise autour de 70 livres.
Il apparaît maintenant que la Banque centrale est arrivée au bout de cette politique. Ces dernières semaines de nombreux indices révélaient l’inquiétude des décideurs syriens, telle cette annonce par le vice-Premier ministre qui a prédit un « arrêt cardiaque » de l’économie d’ici à la fin de l’année, à défaut de solution politique à la crise. Le ministre de l’Agriculture a, quant à lui, conseillé à ses compatriotes d’élever des poules et de faire pousser des légumes dans leurs jardins en prévision des jours difficiles à venir.
Après avoir atteint 90 livres pour un dollar le 15 novembre, la monnaie nationale syrienne reprenait un peu de couleur et s’échangeait le 20 novembre sur le marché noir à environ 83,5 livres. Il est probable que ce répit ne soit que de courte durée. Tous les indicateurs syriens, qu’ils soient économiques ou politiques, tournent en effet au rouge en cette fin d’année 2012.