Tournant stratégique des relations économiques entre Moscou et Damas

alep-syrie-afp-mars-2014Les relations économiques entre la Russie et la Syrie sont anciennes, tissées depuis l’implication au Moyen-Orient de l’Union soviétique. Bien qu’elles se soient distendues depuis la disparition de cette dernière, les relations commerciales entre les deux pays restaient relativement importantes. Les importations syriennes de produits russes se montaient ainsi à un milliard de dollars en 2010, alors que les exportations étaient bien plus modestes, à 32 millions de dollars. La destruction de larges pans de l’économie syrienne depuis 2011 a réduit le volume de ce commerce, mais les relations économiques entre les deux pays ont pris un rôle autrement plus stratégique.
En effet, les sanctions imposées par l’Union européenne et les États-Unis ont considérablement réduit les exportations de pétrole et les rentrées fiscales du gouvernement syrien et largement exclu les banques syriennes du système financier international.
Cet isolement et l’affaiblissement de Damas ont renforcé le rôle relatif de ses alliés, y compris donc la Russie, pour qui le soutien au régime de Bachar el-Assad est aussi une occasion d’engranger des bénéfices économiques et commerciaux.

Énergie et infrastructure

La démonstration la plus récente de ces avantages que Moscou cherche à tirer de son appui politique a été la signature en décembre 2013 d’un accord entre une société pétrolière russe et le gouvernement syrien pour l’exploration des ressources offshore syriennes. L’accord, d’une durée de 25 ans, octroie à Soyuzneftegaz, dont le principal actionnaire est la Banque centrale de Russie, les droits d’exploration d’un bloc offshore d’une superficie de 2 190 km2. Soyuzneftegaz est censée investir 90 millions de dollars dans l’exploration et le forage. Bien que la plupart des analystes estiment que les réserves potentielles des champs syriens sont relativement modestes à l’échelle des autres champs pétrolifères et gaziers de la région, le contrat permet à Moscou de se poser comme un acteur important dans les projets de développement du bassin énergétique du Levant.
Cet accord, largement couvert par les médias, n’est cependant pas le seul à avoir été signé ou à être envisagé ces trois dernières années par les deux pays dans le secteur de l’énergie.
En mars 2014, trois mois après la signature de l’accord susmentionné, Yuri Shafranik, le PDG de Soyuzneftegaz, a annoncé que des sociétés russes étaient en lice pour un projet de construction d’un oléoduc qui transporterait du brut irakien vers la Méditerranée en passant par le territoire syrien. Ce projet ne verrait cependant le jour qu’une fois le conflit syrien terminé.
D’autre part, le ministre syrien des Ressources hydrauliques, Bassam Hanna, a annoncé début avril que son ministère allait octroyer à Stroyrtransgaz, une société d’ingénierie russe filiale du groupe Gazprom, un contrat d’une valeur de 193 millions d’euros, pour la construction d’une station de pompage d’eau dans le nord-est syrien. Cette station fait partie d’un projet plus large qui consiste à dévier l’eau du Tigre vers le Khabour, un affluent de l’Euphrate, et permettre en conséquence l’irrigation de 150 000 hectares de terres agricoles.
Le ministre n’a pas dit comment le gouvernement comptait financer ce projet et, étant donné que la région du Nord-Est est largement aux mains de l’opposition, il est peu probable que le projet voit le jour dans le futur proche.
Stroytransgaz n’en serait pas à son premier projet en Syrie, puisqu’elle construit actuellement une usine de traitement de gaz à l’est de Hama, pour laquelle la compagnie russe a demandé et réussi à obtenir en octobre 2011 une amélioration des termes financiers.

Fourniture de pétrole

L’importation de pétrole a été l’une des principales formes de soutien de la Russie au régime syrien. Bien qu’elle soit productrice de brut, la Syrie importe depuis de nombreuses années des produits dérivés qu’elle ne produit pas en quantité suffisante pour faire face à la demande locale.
Dès 2012, alors que la Syrie subissait le boycott des entreprises occidentales, Moscou livrait des quantités importantes de fioul et d’essence à Damas. Ces livraisons se poursuivaient en 2013 et étaient payées en partie en liquide, alors que des accords de troc ont également été annoncés.
Cette livraison de produits pétroliers a pris une importance croissante l’année dernière après la perte par Damas du contrôle des champs pétrolifères du Nord-Est et sa dépendance totale vis-à-vis des importations.

Le système bancaire russe, indispensable alternative

L’utilisation du système bancaire russe par les autorités syriennes constitue le soutien dont l’importance est aujourd’hui probablement le plus stratégique. Le gel des avoirs syriens par l’Union européenne ainsi que l’interdiction de toute transaction en dollars qui lui a été imposée ont poussé Damas à transférer ses avoirs en Russie.
En décembre 2011, la Banque centrale de Syrie annonçait l’ouverture de comptes bancaires dans trois institutions financières moscovites, VTB, VEB et Gazprombank. Ces comptes ainsi que d’autres ouverts dans des banques régionales plus petites et moins bien connues ont servi à déposer les milliards de dollars en devises étrangères détenues par la Banque centrale de Syrie – estimées au début 2011 à près de 20 milliards – ainsi qu’à la conduite de toutes sortes de transactions financières et commerciales ; l’opacité de ces transactions rend cependant difficile toute identification et traçabilité à la fois des transactions et des banques impliquées.
Moscou sert également de lieu d’impression de la livre syrienne depuis que des sanctions européennes ont mis fin à son impression dans des pays européens, telles l’Autriche et la Belgique.
En novembre 2012, un site d’informations américain, ProPublica, mettait à jour un système de transport de billets de monnaie imprimés à Moscou et transportés à Damas sur des avions qui traversaient l’espace aérien azerbaïdjanais, iranien et irakien, afin d’éviter l’espace aérien turc fermé aux avions syriens.

Autres domaines de coopération

D’autres domaines de coopération économique entre les deux pays existent. Par exemple, celui du transport aérien. Bien avant le début du soulèvement populaire en 2011, les autorités syriennes avaient tenté de contourner les sanctions américaines imposées en 2004 qui lui interdisaient l’achat de tout avion commercial occidental, y compris ceux produits par la société Airbus, car ceux-ci incluaient des composants américains.
Par conséquent, Damas s’était retournée vers Moscou pour se fournir en avions de type Ilyushin et Tupolev. À chaque fois la conclusion d’un accord s’était heurtée aux craintes liées à la fiabilité et à la qualité des avions russes.
Depuis deux ans, les deux pays ont redoublé d’efforts avec l’annonce à plusieurs reprises de la signature proche d’un accord pour l’achat d’avions russes. En octobre 2011, Syrianair annonçait un accord pour l’achat de trois biréacteurs Tupolev TU-204SM d’une capacité de 210 passagers. Puis en juin 2012, c’était un projet d’achat de trois avions de transports régionaux Antonov AN148-100E qui était prévu. Finalement en mars 2013, le ministre des Transports annonçait que le nombre d’avions Antonov serait porté à 10 et que des négociations étaient en cours pour le financement du contrat, estimé à 340 millions de dollars. Un an plus tard, aucun contrat n’avait encore été signé.
On peut signaler aussi, parmi d’autres secteurs de coopération, des discussions avec des sociétés russes pour la fourniture d’équipements pour des moulins à blé syriens ou encore la fourniture de blé par des marchands russes.

Le financement, un obstacle difficile à franchir

Le financement est la principale pierre d’achoppement du développement plus important des relations entre les deux pays. Étant donné la situation budgétaire du gouvernement syrien, l’instabilité politique et le manque de visibilité économique et politique, il est hautement improbable qu’un quelconque contrat de valeur importante soit signé entre les deux pays dans les prochains mois. Les relations entre Damas et Moscou sont en effet marqués avant tout par le sceau du réalisme et de la défense de leurs intérêts respectifs. Moscou n’a probablement pas oublié qu’à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique Damas avait refusé de rembourser sa dette de plus de 13 milliards de dollars, obligeant en 2005 la Russie à en annuler 73 % afin d’obtenir le paiement du reste.

Remarque: Cet article a été publié en mai 2014 dans Le Commerce du Levant

 

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Russia looks for economic gain in Syria

The Syrian government has confirmed a preliminary agreement with Soyuzneftegaz, a Russian oil and gas company, for the exploration of the country’s offshore waters, highlighting Moscow’s desire to capitalise economically on its sustained political and military support for the Assad regime.

No details have emerged on the specifics of the agreement between Soyuzneftegaz and the Syrian government but its timing is significant. For Damascus the deal represents a much needed attempt to secure energy supplies and revenue flows.The November announcement capped more than five months of negotiations between the government and Soyuzneftegaz and a formal agreement is expected to be signed between the two parties in the next few weeks.

Recent gas finds in the offshore areas of Israel and Cyprus have raised the energy prospects of the eastern shore of the Mediterranean. However, Syria has been slow in exploring its offshore potential, partly because of the 30-month old conflict gripping the country.

In 2007, the Syrian government did launch a bidding process for the exploration and development of four offshore blocks over a total area of 5,000 square kilometres. However, because of the poor terms offered and the high risks and costs associated with offshore exploration the process was largely unsuccessful – only one small independent oil company submitted a bid. Another licensing round with improved terms was initiated in March 2011, only days after the beginning of the first protests. Unsurprisingly that round also failed to attract much interest.

In the last two years all international oil companies have withdrawn from the country. European and Canadian companies quickly left because of sanctions imposed by their home countries. Russian and Chinese companies left at a later stage due to the widening violence, particularly in the north-east where almost all oil and gas reserves are located. Some 14 foreign companies were involved in oil exploration in Syria in early 2011, of which eight were western and only two were Russian.

Soyuzneftegaz, which was exploring an area located on the border with Iraq, was among these – the company had drilled two wells in its block but has not yet made any finds. Unlike European firms, it is not now bound by any sanctions. It would also face fewer security problems in offshore exploration given that the coastal area is among the safest in the country.

Since the beginning of the uprising two and a half years ago, Moscow has been a key ally of the Assad regime, supporting it against most of the international community. Russia’s support has principally come through the use of its political weight and its veto power in the UN Security Council, but also through financial and military backing. The governor of the Syrian Central Bank has, for instance, acknowledged on several occasions that his institution is using Russian banks to escape European and American sanctions.

For Moscow, which has a controlling stake in Soyuzneftegaz through the Central Bank of Russia, the deal with the Syrian government holds several potential benefits. Firstly it enables it to capitalize economically on its support for the regime; secondly it could help it secure a foothold in the eastern Mediterranean’s potentially promising gas reserves; and thirdly it would gain an advantage over rivals, including Qatar and Iran, in any future competition to control energy supply routes from the Levant to Europe.

Despite analysis to the contrary, Russia’s direct interests in Syria over recent years were very limited. Its naval base in Tartous was more akin to a resupply station; its economic presence was restricted to a handful of companies; cultural relations were negligible; and political ties were unimpressive.

Russia’s support to Damascus since the beginning of the conflict was first and foremost a means for Moscow to reassert itself on the international stage and to rehabilitate the Security Council as the source of legitimacy for intervention in international affairs. But with the lengthening of the conflict and Damascus’ continuing dependency on it, Moscow is now trying to secure some material reward.

Note: This article appeared first in December 2013 in the blog of the European Council on Foreign Relations

روسيا والغاز السوري

قام نائب مدير شركة سيوز نفط غاز Soyuzneftegaz ، وهي شركة نفط وغاز روسية، بزيارة دمشق الأسبوع الماضي حيث التقى بكل من وزير النفط والثروة المعدنية سليمان العباس، ، ورئيس الوزراء وائل الحلقي.

وحسب سانا، الوكالة الرسمية السورية للأنباء، بحث المسؤولون السوريون مع مندوب الشركة الروسية مسائل تتعلق بـ”النفط والتنقيب في المياه الإقليمية السورية.” ويُذكر أن الشركة تجري منذ أسابيع محادثات مع الحكومة السورية حول التنقيب في المياه السورية، وفي لقاءات الأسبوع الماضي تم نقاش العقبات التي تواجه هذه المحادثات.

يعود نشاط شركة سيوز نفط غاز Soyuzneftegaz في السوق السورية إلى ما قبل العام 2011، حيث كانت تجري تنقيبات في المنطقة الشرقية من البلاد على الحدود العراقية. هناك، حفرت بئرين من دون اكتشاف أي نفط أو غاز فيهما. لكنها منذ ذلك الحين، وعلى غرار جميع شركات النفط العالمية العاملة في سورية، علقت عملياتها في البلاد.

ثبت في السنوات الأخيرة أن الشاطئ الشرقي للبحر المتوسط يحتوي على كميات كبيرة من الغاز الطبيعي. وفي حين بدأت كل من إسرائيل ولبنان وقبرص بإجراء الدراسات وعمليات التنقيب، تأجلت جهود السلطات السورية بسبب الصراع الدائر في البلاد. ولم تكشف الحكومة عن أي أرقام أو تقديرات لمستوى الكميات المحتمل وجودها في المياه السورية.

قبل بدء الاحتجاجات، نظمت الحكومة جولتين للمناقصات بخصوص التنقيب في المياه الإقليمية، لكن أياً منهما لم ينجح. الجولة الأولى كانت في عام 2007، لكنها فشلت في اجتذاب الشركات العالمية المهتمة وذلك بسبب التكاليف العالية للتنقيب في المياه الإقليمية من جهة، وبسبب شح المعلومات المتوافرة في ذلك الحين حول احتياطيات الغاز المحتملة من جهة أخرى.

الجولة الثانية من المناقصات  تم تنظيمها في نهاية آذار 2011، أي بعد أيام من بدء الاحتجاجات، وفشلت أيضاً في اجتذاب الشركات لأن سوريا غدت مكاناً خطيراً لا يمكن الاستثمار فيه.

لعل توقيت المحادثات الجارية بين الحكومة السورية والشركة الروسية في خضم الصراع الدموي يبدو مثيراً للدهشة.

لكن من المفيد معرفة أن أكبر مساهم في الشركة الروسية هو البنك المركزي الروسي، أي والحالة هذه، فإن عمليات Soyuzneftegaz  سيوز نفط غاز تأتي إلى حد ما ضمن الاستراتيجيات الاقتصادية والسياسية التي وضعتها السلطات الروسية.

منذ بدء الاحتجاجات، شكلت الحكومة الروسية حليفاً أساسياً لحكومة بشار الأسد، حيث وقفت معه في وجه معظم بلدان المجتمع الدولي. وهكذا فإن الوصول إلى منابع الغاز هذه يمكن أن يكون واحداً من التنازلات التي تتوقعها موسكو من السلطات السورية في مقابل الاستمرار في دعمها.

في حال اكتشاف سوريا لاحتياطيات كبيرة في مياهها، فإن الغاز سيشكل نعمة كبرى للبلد حين تأتي مرحلة إعادة الإعمار. لهذا، فإن التفكير المنطقي يؤكد أن على السلطات السورية عدم تقديم الكثير من التنازلات من احتياطياتها.

لكننا رأينا ما حدث في المحادثات الخاصة بالأسلحة الكيميائية، إذ تخلى النظام السوري خلال 24 ساعة عما يمثل سلاح الردع الرئيسي لديه ضد إسرائيل، فيما لم يبدِ خلال عامين ونصف العام أي استعداد لتقديم أي تنازل لشعبه.

وتبقى الحقيقة الواقعة أنه سواء تخلى لإسرائيل أم لروسيا، وسواء كان تنازله عن أسلحته الكيميائية أم عن الغاز الطبيعي، فإن كل شيء في سوريا يخضع  لأولوية واحدة: استمرار نظام الأسد في السلطة.